Vendredi 18 mai 2012 5 18 /05 /Mai /2012 17:49

Comme le démontre si bien l’économiste canadien, Michel Chossudovsky(photo), professeur à la faculté des sciences sociales de l'université d'Ottawa, la catastrophe de Fukushima au Japon a mis au premier plan les dangers des rayonnements nucléaires dans le monde. « La crise au Japon a été considérée comme "une guerre nucléaire sans une guerre". Le rayonnement nucléaire - qui menace la vie sur la planète terre – ne fait pas la Une des journaux en comparaison avec les faits divers qui intéressent le grand public, y compris les crimes sordides ou les potins concernant les célébrités de Hollywood. Il faut comprendre toutes les implications de ce rapport et l'opinion publique mondiale doit en être informée afin que des mesures importantes puissent être prises sans délai en collaboration avec les équipes japonaises.
 Envoyez ce rapport le plus largement possible. Il est essentiel de faire pression à tous les niveaux sur tous les gouvernements, de prendre toutes les mesures nécessaires pour éviter une catastrophe imminente qui menace réellement l'avenir de l'humanité. »

Il faut savoir que selon les données américaines du Département de l'énergie, le total des stocks de combustible usé du réacteur sur le site de Fukushima-Daichi représente près de la moitié du montant total de Césium-137 qui aurait été libéré par tous les essais atmosphériques d'armes nucléaires, Tchernobyl, et les usines de retraitement dans le monde entier.

Selon Arnie Gundersen, expert nucléaire de réputation mondiale, des milliers de tonnes d'eau contaminée par du plutonium, de l'uranium et d'autres isotopes radioactifs très toxiques inondent le site et s'infiltrent dans la nappe phréatique environnante et l'océan. Ce qui le préoccupe particulièrement comme bien d’autres spécialistes mondiaux du nucléaire, c’est ce qui peut arriver avec le combustible entreposé dans les piscines. La piscine du réacteur 4, en particulier, est en très mauvais état et on a dû installer des piliers d’acier pour l’empêcher de s’écrouler (les piscines sont dans le haut des édifices). Si un tremblement de terre de magnitude 7 et plus survenait, il y a de fortes chances que cette piscine soit vidée de son eau. Et les experts géologues savent que les chances d’avoir un tel tremblement de terre sont très grandes pour les prochaines années, le Japon étant situé sur la ceinture de feu du Pacifique.

6976178785_73d4e9e5d2.jpgLa quantité de combustible nucléaire dans les piscines est dix fois plus importante que celle des réacteurs, car après plus de 30 ans d’utilisation des centrales, tous les déchets nucléaires s’y trouvent, particulièrement le plutonium, dont quelques millionièmes de grammes ingérés suffisent à donner un cancer.

Si une telle éventualité se produisait, les barres de combustible usées n’étant plus refroidies prendraient feu, envoyant des quantités prodigieuses d’éléments radioactifs dans l’environnement, bien plus importantes que ce que nous avons connu jusqu’à aujourd’hui. Il ne faut pas oublier que les piscines sont à l’air libre et n’ont pas d’enceinte épaisse en acier pour les contenir, comme c’est le cas pour les réacteurs. Si une seule piscine se vidait de son eau, et que son combustible soit projeté dans l’environnement, il faudrait évacuer Tokyo et cela mettrait en cause la survie de la race humaine et de nombreux animaux. Arnie Gundersen conseille de déménager au sud de l’équateur si une telle catastrophe se produisait.

Il faut être totalement inconscient pour ne pas s’inquiéter de ce très grave problème. Même Paul Quilès, ex-ministre français de la défense, s’insurge à son tour contre cette omerta dans son nouveau livre, Réflexions sur le désarmement nucléaire. à ses yeux, il est indispensable et urgent de sortir de ce « mensonge français » fait d’approximations, de contrevérités, de slogans répétés à l’envi, de silences et d’arguments d’autorité. L’absence de débat masque le caractère vital des enjeux.  

En outre, depuis 40 ans, le développement du nucléaire est justifié au nom de « l’indépendance énergétique » de notre pays. Pourtant, avant même la fermeture de la dernière mine d’uranium française, en 2001, le combustible nécessaire aux centrales françaises était importé en grande partie. Il l’est maintenant en totalité et si les sources d’approvisionnement se sont diversifiées, le sous-sol africain reste encore aujourd’hui indispensable au fonctionnement de notre parc nucléaire. à moins que nos dirigeants ne considèrent que le sous-sol des anciennes colonies françaises continue d’appartenir à l’ex-métropole, comment peut-on encore parler d’indépendance énergétique ?

Et non seulement personne n’a évoqué ces problèmes ni cette immense menace durant la campagne électorale, mais on nous a aussi caché que bien avant cette catastrophe de Fukushima, l'industrie nucléaire dans le monde était déjà en déclin selon un nouveau rapport publié par le Worldwatch Institute.

 5576356363_e9292a33a2.jpg« L'industrie nucléaire était déjà sans doute en sursis. Dans l'écriture de l'histoire de l'industrie nucléaire, Fukushima est susceptible d'être son dernier chapitre», a déclaré Mycle Schneider, consultant international sur les questions d'énergie et de politique nucléaire, auteur principal du nouveau rapport « The world nuclear industry status report 2010-2011 - Nuclear Power in a Post-Fukushima World 25 Years After the Chernobyl Accident ». 

Le rôle de l'énergie nucléaire dans la production d'énergie décline régulièrement et ne représente qu'environ 13 % de l'électricité produite dans le monde et 5,5% de l'énergie primaire commercialisée. 

Aux états-Unis, la part des énergies renouvelables dans les ajouts de nouvelles capacités de production d'électricité est passée de 2 % en 2004 à 55 % en 2009, sans qu'aucun réacteur nucléaire ne soit construit sur cette période.

En 2010, pour la première fois au monde, la capacité de production électrique des énergies renouvelables a dépassé celle de l'énergie nucléaire : 381 gigawatts (GW) contre 375 GW pour le nucléaire. L'investissement total dans les énergies renouvelables, sur cette même année, a été estimé à 243 milliards de dollars, ce qui dément aussi l’affirmation que l’abandon du nucléaire mettrait de nombreuses personnes au chômage. À titre d’exemple, d’après le Bundesministerium für Umweltschutz (Ministère fédéral de l'Environnement, Conservation de la Nature et de la sécurité nucléaire), les énergies renouvelables représentent actuellement 380 000 emplois en Allemagne. 

Quant aux nouvelles générations de réacteurs, le projet EPR en construction à Olkiluoto en Finlande, géré par le plus grand constructeur nucléaire au monde Areva, a tourné au fiasco financier. Le projet a déjà 4 ans de retard pour un coût total estimé à 5,7 milliards d'euros, soit 90 % de plus que le budget initial, ce qui remet aussi en cause le coût très peu élevé du nucléaire, déjà dénoncé par la Cour des comptes qui a mis à plat les coûts de production de l’électricité nucléaire, qu’il s’agisse des dépenses d’investissement passées, des dépenses courantes (charges d’exploitation) ou des dépenses futures (démantèlement et gestion des combustibles et des déchets). Les investissements publics et privés réalisés depuis les années 1970 dans l’électricité nucléaire en France s’élèvent selon la Cour des comptes à 228 milliards d'euros.

5207855664_019ae90397.jpg

En ce qui concerne le démantèlement des 19 centrales en fin de vie, il est estimé aujourd’hui à 18,4 milliards d’euros mais la Cour des comptes signale que les comparaisons internationales donnent des résultats très généralement supérieurs aux estimations d’EDF, tout comme la gestion des déchets radioactifs que l’EDF évalue à 23 milliards d’euros, alors que l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs), chiffre à 36 milliards d’euros.  

Malgré tous ces arguments, notre nouveau Président, qui a clairement exprimé qu’il n’avait aucune intention de remettre en question l’arme nucléaire, fait également douter de sa capacité à tenir tête à un lobby nucléaire d’ailleurs fort influent au sein du PS lui-même. Pour le Réseau « Sortir du nucléaire », seule la fermeture de la centrale Fessenheim reste à l’ordre du jour, repoussée à la toute fin du quinquennat alors que d’autres réacteurs sont à peine plus récents et probablement tout aussi dangereux.

Par ailleurs, comment Hollande espère-t-il tenir son engagement de réduire la part du nucléaire de 75 % à 50 % d’ici 2025 avec son projet de fermer deux réacteurs pour en démarrer un presque deux fois plus puissant ? Pour « Sortir du nucléaire » : « Une telle proposition relève soit de la supercherie, soit de la paresse ». On est bien loin de l’accord signé en novembre avec EELV (Europe écologie, les Verts), qui prévoyait initialement la fermeture de 24 réacteurs et l’arrêt de la production de combustible MOX et renvoyé aux calendes grecques grâce à Bernard Cazeneuve, surnommé le « député Cogema » (l'ancienne dénomination d'Areva). Ce farouche partisan de l'énergie nucléaire, député de la Manche et premier vice-président de Basse-Normandie qui fournit à elle seule 17 % de la production nationale d'énergie atomique, compte sur son territoire le centre Areva de traitement des déchets nucléaires à La Hague. Il fait partie du nouveau gouvernement et pèsera forcément dans ce dossier, persistant à exercer un vif lobbying pour que notre nouveau Président ne cède pas aux pressions écologistes sur l'abandon du réacteur EPR de Flamanville et du retraitement des déchets nucléaires à lusine de la Hague. 

5840834638_aec139190c.jpgLe Réseau « Sortir du nucléaire » signale que d’ici 2017, près de 24 réacteurs auront dépassé les 35 ans de fonctionnement, durée à partir de laquelle l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) met en garde contre des risques de rupture brutale des cuves. « François Hollande souhaite-t-il rester dans les mémoires comme “le Président de l’accident” ?
Alors qu’une période de crise économique s’annonce, combien de milliards seront engloutis de manière indécente pour “moderniser” un armement nucléaire aussi inutile que dangereux ? Pour rafistoler tant bien que mal les réacteurs vieillissants, les 3,7 milliards par an évoqués par EDF étant probablement en-deçà de la réalité ? »

Espérons que Jean-Vincent Placé, numéro deux d'Europe écologie-Les Verts et Noël Mamère ne vont pas plier devant Bernard Cazeneuve qui est à « des années-lumière d'Europe écologie sur le nucléaire ».

« Tant qu'il n'est pas au ministère de l'Environnement ou au ministère de l'Industrie, il n'y aura pas de souci ! », a déclaré un parlementaire écologiste bien optimiste. Quel que soit le ministère de ce personnage, il est certain qu’il restera un ardent défenseur de ce qu’il appelle simplement « une filière d'excellence » et fera courir à Hollande le risque d’être « le Président de l’accident » et à nous tous d’en être les victimes, alors que d’après le dernier sondage de l’Ifop 77 % de la population française serait hostile à cette source d'énergie.

 

En outre, la production du Mégawattheure se révèle plus coûteuse qu'annoncée. Alors que le prix de la production de l’énergie nucléaire avait été évalué à 33,1 euros par la Commission Champsaur, la Cour des comptes propose de le réévaluer à hauteur de 49,5 euros. Quant au coût de production par l’EPR de Flamanville, il pourrait pour sa part être compris « au minimum, entre 70 et 90 euros par MWh », car l'évolution des dépenses de maintenance des installations, devrait s'élever à 3,7 milliards par an en moyenne entre 2011 et 2025, soit plus du double des montants dépensés entre 2008 et 2010.

 

Sources :

Le Nouvel Observateur du 22 décembre 2011 : « Dissuasion nucléaire : je maintiendrai ».

http://www.francetv.fr/info/cazeneuve-un-pro-nucleaire-dans-la-garde-rapprochee-d-hollande_28123.html

 http://groupes.sortirdunucleaire.org/Plus-aucune-centrale-nucleaire-en

http://www.fairewinds.com/fukushima

 

Voir les 0 commentaires Par Sylvie Simon - Publié dans : Nucléaire/Radioactivité
Retour à l'accueil

Page d'Hommages

Page d'accueil

Retrouvez d'autres dossiers en page d'accueil ici

Information sur le site ici 

Biographie

Sylvie Simon était auteur et journaliste. Elle a écrit plusieurs romans et de nombreux ouvrages sur divers sujets. Depuis quelques années elle s‘était spécialisée dans le domaine de la Santé et celui des dérives de la Médecine. Sylvie Simon se battait contre la désinformation et les sophismes en matière de santé et d’écologie, sujets de brûlante  [...]

Alerte

Les publicités sur mon site et les mots clef de mes articles qui sont tapés sur les moteurs de recherche peuvent parfois ouvrir sur des annonces publicitaires indésirables, promouvant des médicaments ou des laboratoires. Celles-ci sont donc totalement opposées et contraires à ma démarche, à mes enquêtes et à mes analyses qui les dénoncent. Je vous remercie de ne pas faire l'amalgame.

Sylvie Simon - Le lobbying et la peur

Grande taille ici

Sortie du Livre : La Coupe est Pleine

29

clic couverture

Commande boutique  : &  et & 

Amazone : &   Le livre n'est pas en rupture de stock contrairement à ce que dit Amazon

Syndication

  • Flux RSS des articles
Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés