L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Sénateurs et Sectes ( Suite)

Publié par Sylvie Simon sur 2 Mai 2013, 09:18am

Catégories : #Société - Corruption - Dérives- Scandales Sanitaires

 

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Sénateurs et Sectes ( Suite)

Pour faire suite à l’audition des protagonistes soupçonnés de « dérives sectaires » qui menacent l’équilibre financier du lobby pharmaceutique, le 19 février 20133, dans le cadre de cette commission, Éric Bouzou, du Centre d'information et de conseil des nouvelles spiritualités (CICNS), était entendu par Jacques Mézard et quelques autres parlementaires

Je vous livre ici une grande partie de son audition qui est une anthologie de la stupidité humaine. Elle est longue, quoique j’ai dû en supprimer une grande partie, mais cette énumération de niaiseries vaut la peine d’être lue pour juger l’état d’esprit de certains de nos parlementaires autoproclamés « experts » pour évaluer  les qualités et les carences d’autres médecines dont ils ignorent tout, et comprendre comment nous en sommes arrivés à un tel niveau de bêtise.

Après avoir présenté son association « qui a huit ans d'existence et qui a reçu le statut consultatif spécial auprès de l'Organisation des Nations Unies », le président du CICNS a su garder son calme et sa maitrise, refusant de répondre aux questions insidieuses sur les « conseils de santé » que pouvait donner le CICNS.  Il a répété à maintes reprises que l'objet de l'association consistait à « équilibrer le débat sur la question des mouvements alternatifs à vocation spirituelle, éducative ou thérapeutique, amalgamés aujourd'hui sous le terme très péjoratif de « sectes » ou de « mouvements sectaires », précisant qu’aucune étude statistique sérieuse n'a été réalisée sur le sujet, qui aurait pu « justifier le dispositif antisectes français, qui est impressionnant et unique au monde ». Il a aussi répété que cette lutte a rendu ce contexte extrêmement délétère, en contradiction flagrante avec les objectifs fondateurs de la laïcité, empêchant une analyse sereine et équilibrée des situations.

« J'en viens maintenant à décrire avec quelques détails les points critiques que nous portons sur la politique de lutte contre les dérives sectaires ciblant en particulier les thérapies non conventionnelles.

« Ceux qui ne seraient pas convaincus de la nocivité de ces termes peuvent constater leur utilisation régulière, avec succès, jusque dans le monde politique, pour discréditer un opposant. La notion de “dérive sectaire” est, à travers les critères dits de dérive sectaire, une notion très floue qui permet d'épingler n'importe quel groupe de façon arbitraire si ce groupe dérange ; nous soupçonnons d'ailleurs que c'était peut-être là l'objectif plus ou moins conscient de ces critères pour certains. Quant à la nouvelle définition diffusée sur le site de la Miviludes, elle utilise des notions pseudo-scientifiques, comme la “perte de libre arbitre”, qui nous paraissent inappropriées. »

Fort justement, Éric Bouzou a ajouté : « Aujourd'hui nous constatons que les thérapeutes des pratiques non conventionnelles à visée thérapeutique sont de plus en plus nombreux à être poursuivis dans le cadre de la lutte contre les dérives sectaires, très souvent pour des raisons discutables — comme par exemple la plainte d'un conjoint d'un membre du groupe en cas de divorce — et qu'ils ne comprennent pas ce qu'on peut leur reprocher ; ils sont d'une certaine manière sous le choc des accusations portées contre eux à partir de préjugés et d'amalgames et isolés dans leurs questionnements. »

Selon lui, la manipulation mentale, régulièrement attribuée aux thérapeutes alternatifs, avec ses corollaires de perte de libre arbitre et de vice du consentement, est « une notion pseudo-scientifique, rejetée par la majorité des chercheurs sérieux. Elle met en péril un élément fondamental des relations interpersonnelles, comme l'a rappelé le Pr Patrice Rolland : “Le principe, dans des rapports de droit privé ou en droit des libertés, est que la valeur du consentement de l'adulte ne peut être écartée que pour des raisons exceptionnelles”. »

Après avoir signalé que la loi About-Picard, qui est la traduction juridique de la notion de manipulation mentale, est un échec à la fois législatif et juridique, mais qu’elle est régulièrement citée dans les affaires dites de « sectes », le président du CINCNS a confirmé n’avoir décelé aucune méthodologie d'étude et d'analyse convaincante dans les propos de la Miviludes et n’avoir trouvé dans les documents publiés aucune référence d'études sérieuses qui viendrait étayer les dires de la mission.

1-sectes-rapport-assemblee-fenech 222Sur les seules affirmations de Monsieur Fenech, et faute de données sérieuses, la commission d’enquête sur les sectes a cité entre 60 000 et 80 000 enfants qui seraient en danger pour être élevés dans un contexte sectaire, alors que cet individu leur a avoué : « Je suis incapable de vous dire combien précisément il y a d'enfants concernés par le phénomène. Je n'ai pas d'éléments statistiques. » Comment ose-t-il citer un nombre aussi important d’enfants « en danger » alors qu’il avoue n’avoir aucun élément statistique ?

 Il est grand temps d’en terminer avec de telles insanités reprises par des journaux dits sérieux et cautionnées par nos instances publiques à l’aide de nos deniers, alors que Jean-Yves Dupuis, Inspecteur général du ministère de l'Éducation nationale, a signalé que « sur 19 000 signalements d’enfants en danger à cause de mouvements “sectaires”, les Inspecteurs d'Académie nous ont répondu qu'il y en avait huit. »

Et Thierry Xavier Girardot, directeur des affaires juridiques au ministère de l'Éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche, bien placé lui aussi pour être au courant de la situation, a signalé que sur vingt-trois enfants déclarés être concernés par le phénomène « sectaire », il n’était « pas sûr qu'il y en ait un seul. »

À son tour, Michel Rispe, Chef de bureau de l'entraide civile et commerciale internationale au ministère de la justice, a confirmé : « Il n'y a à ce jour aucun dossier ouvert, parmi les quelque cinq cents dossiers en stock, dans lequel il y ait des allégations d'appartenance "sectaire". »

Pourquoi Monsieur Fillon, négligeant ces opinions de véritables experts en la matière qui possèdent des éléments statistiques,  s’est-il permis de dépenser en pure perte l’argent des contribuables, alors qu’il demandait à ces mêmes contribuables de faire des économies ? Les « économies » réclamées seraient-elles différentes selon leur destination ? De même, le gouvernement actuel, qui ne sait où récupérer quelques deniers et demande aux contribuables de l’aider, n’a rien trouvé de mieux que de largement doubler les appointements du successeur de Monsieur Fenech, et de continuer à faire vivre ces imposteurs très luxueusement, comme cela a été démontré à maintes reprises.

Nos parlementaires ignorent-ils encore ces fait connus de tous ceux qui veulent être informés, où préfèrent-ils gaspiller l’argent des contribuables pour ne pas perdre quelques voix aux élections? Monsieur Fenech est un élu UMP très actif, tout comme Serge Blisko, élu socialiste. 

Éric Bouzou n’a pas eu le temps de signaler ces « détails » à la commission, harcelé par les questions aussi absurdes que répétitives des parlementaires :

« Vous avez parlé de mouvements alternatifs, mais alternatifs à quoi ? » ou bien « Que signifie dans votre esprit le mot “alternatif” ? Y aurait-il une vérité d'un côté et non de l'autre ? Critiquez-vous le système de soins classique ? » a demandé, entre autres, le rapporteurJacques Mézard.

- Comme je l'ai précisé, nous ne donnons pas d'avis sur l'aspect médical ou sur l'aspect thérapeutique, mais regardons le contexte dans lequel l'étude de ces pratiques est menée. Nous pensons que le fait d'inclure l'étude de ces pratiques dans la nébuleuse des “dérives sectaires” n'est pas une bonne façon de les évaluer. […] Aujourd'hui, nous ne pensons pas que la Miviludes fournisse une information sur ces pratiques. Elle n'en a pas les moyens ! »

Ne répondant pas à cette proposition, Jacques Mézard, s’entête dans son idée fixe :

- Vous semblez opposer le système classique de soins, ce que l'on appelle la « médecine », à ces pratiques alternatives [...] Sur votre site, vous prônez une liberté thérapeutique. Ne pensez-vous pas qu'elle existe déjà ? Que voulez-vous de plus ?

- Nous pensons qu'elle est mise en péril par cette lutte tous azimuts qu'est devenue la lutte contre les dérives sectaires par l'entremise de la Miviludes.

- Considérez-vous vraiment que la liberté thérapeutique n'existe pas aujourd'hui ?

- Elle existe parce que la demande est très importante, comme le montrent les statistiques et ainsi que cela a été démontré par certaines des personnes auditionnées par votre commission.

 - Ma question était précise : considérez-vous que cette liberté thérapeutique existe ou non ?

- Nous pensons qu'elle peut être mise en danger par la lutte contre les dérives sectaires.

- Elle peut être mise en danger ?

- Elle l'est pour de nombreuses personnes qui subissent les tracasseries de l'administration... Nous considérons la notion de manipulation mentale comme socialement dangereuse car elle peut laisser entendre que des personnes n'ont pas tout leur esprit et que leur consentement ne vaut rien.

- Vous considérez donc que les phénomènes de manipulation mentale n'existent pas...

- Les phénomènes de manipulation ont toujours existé mais la manipulation mentale comme pratique des sectes est une invention française des années 1970-1980, comme le précise le sociologue Arnaud Esquerre, dont je recommande la lecture du livre intitulé La manipulation mentale aux personnes désireuses de comprendre ce qui se cache derrière cette notion. La notion de perte de libre arbitre, régulièrement évoquée par la Miviludes et les associations antisectes, n'est pas une notion scientifique.

5413669522_13839a980f.jpgJacques Mézard, estime-t-il que la manipulation n’existe que dans les sectes ? Que dire de la publicité, de la politique, des médias et de nombreux vendeurs de tous produits ? S’ils ne pratiquent pas la manipulation mentale, comment peut-on appeler les fausses informations et même les mensonges énoncés régulièrement par nos pouvoirs publics. Les promesses de nos élus, ne relèvent-elles pas de cette manipulation pour ceux qui croient encore en eux ?

Enfin, le Dr Mézard change de sujet :

 - Puisque nous parlons de notion scientifique, que pensez-vous du comportement de praticiens non conventionnels appelant leurs patients à cesser les soins de médecine allopathique, mettant ainsi leur vie en danger ?

- Je ne souhaite pas me prononcer sur cette question, si elle est sortie du contexte des dérives sectaires. En regard de ce conseil, il faut également tenir compte de la liberté de choix thérapeutique, élément important de la législation française. Nous ne nous prononçons pas sur l'échange qui peut exister entre un médecin qui préconise un soin et le patient qui est libre de son choix. Si on l'inclut dans ce nuage à fabriquer de la peur qu'est la lutte contre les sectes, nous n'avancerons pas !

- Nous ne sommes pas là pour statuer sur les nuages, ni sur la pratique de la peur, mais pour chercher si certaines dérives risquent ou non de conduire quelques-uns de nos concitoyens au cimetière ! Je vous pose à nouveau la question de manière précise : considérez-vous normal qu'un praticien non conventionnel arrive à convaincre un patient d'arrêter tout traitement et d'absorber du jus de citron pour soigner un cancer ? Nous avons des exemples...

- Je ne me prononcerai pas sur un aspect thérapeutique, faute d'expertise. Si ce praticien a commis une erreur pénale, il devrait être poursuivi.

 - Vous pouvez avoir une opinion ! Considérez-vous normal de conseiller à un patient qui développe un cancer d'arrêter tout traitement ?

- Je ne veux pas me prononcer à propos d'un diagnostic qui concerne une personne que je ne connais pas...

- Il ne s'agit pas d'une personne mais d'un principe ! Trouvez-vous normal qu'un praticien non conventionnel arrive à convaincre un malade atteint d'un cancer d'arrêter tout traitement et lui conseille de se soigner au jus de citron ? S'agit-il là de liberté et de nouvelle spiritualité ?

- Vous citez un cas d'école sur lequel je ne peux me prononcer. Je suis désolé : je ne puis porter de jugement sur un diagnostic médical : je ne suis pas médecin !

Éric Bouzou, dont on peut admirer le sang-froid,  n’a pas eu le temps de signaler que la plupart des gens qui se soignent par les médecines dites alternatives ne veulent absolument pas se faire soigner dans le cadre de la médecine chimique car ils connaissent ses limites et le nombre de gens qui en décèdent dans d’affreuses souffrances jamais évoquées ni sanctionnées.

Le Dr Mézard insiste :

- La non réponse est souvent une réponse ! Autre question : que pensez-vous de la vaccination ?

- Ma réponse sera la même : la vaccination, comme les thérapies alternatives, ne sont pas des sujets qui peuvent s'analyser de façon productive dans le contexte de la lutte contre les dérives sectaires ! Pourquoi ? Si certaines personnes appartenant à des groupes que vous qualifieriez de sectes sont contre la vaccination, il en existe également d'autres, en dehors de ces groupes, qui y sont également opposées, même dans le monde médical. À moins de considérer que tous sont membres de sectes, je ne vois pas pourquoi on évaluerait la question de la vaccination dans le contexte des dérives sectaires. Cela n'a aucun rapport !

Le sénateur Alain Néri prend alors la parole :

- De combien d'adeptes disposez-vous en France ?

- Nous sommes une association de défense de la liberté spirituelle et non un groupe spirituel...

- Dans ce cas, combien de visites recevez-vous sur votre site ?

- Vous utilisez le mot d'« adeptes » comme si nous étions une minorité spirituelle...

- Adhérents, dans ce cas !

- C'est tout de même différent ! Voyez comment les termes peuvent être détournés !

- Si vous-même étiez atteint d'un cancer - ce que je ne souhaite à personne - quelle serait votre réaction face à la médication qui pourrait être proposée par la médecine dite « classique » ? Accepteriez-vous le traitement ou vous contenteriez-vous d'un traitement alternatif ?

- Je ne sais ce que je déciderais si j'avais un cancer.

- Si vous ne le savez pas, pourquoi voulez-vous faire des propositions aux autres ?

- Nous n'en faisons pas ! Il ne s'agit pas de faire des propositions dans un sens ou un autre. Nous estimons que l'analyse des décisions n'est pas du ressort de la lutte contre les dérives sectaires. La question ne peut être traitée intelligemment dans ce cadre.

- Êtes-vous bien d'accord avec le fait que l'État a un devoir de protection des citoyens ? Il existe également un devoir de protection des enfants, fort heureusement réglé par la loi, comme vous l'avez indiqué précédemment. Cependant, l'État a aussi un devoir de protection de la santé publique. Si vous proposez donc d'interrompre un traitement reconnu scientifiquement...

- Nous ne proposons pas d'interrompre le traitement. Ce n'est pas notre objet. Nous ne sommes pas une association de thérapeutes !

- Que proposez-vous dans ce cas ?

- Nous ne proposons rien ! Nous suggérons simplement d'analyser ces questions en dehors de la lutte contre les dérives sectaires.

- Si vous ne proposez rien, à quoi servez-vous donc ?

- Nous considérons aujourd'hui que le contexte de la lutte contre les dérives sectaires n'est pas sain pour analyser ces sujets. Il génère trop de suspicions. Si vous voulez vous convaincre de cette nocivité, je vous invite à consulter, sur notre site, les témoignages des gens qui ont essuyé ce type d'accusations. Peut-être comprendrez-vous alors que ce n'est pas forcément le bon moyen d'étudier l'émergence des pratiques alternatives que de le faire dans le cadre de la lutte contre les dérives sectaires. C'est d'ailleurs pourquoi nous proposons un observatoire, afin d'étudier ces questions dans un autre contexte...

- Vous vous dites opposé au doute et à la suspicion, mais vous-même éprouvez bien un doute vis-à-vis des traitements qui peuvent être appliqués régulièrement...

- Chacun décide en son âme et conscience...

- À condition de ne pas mettre la vie des autres en danger ! La loi est là pour protéger le citoyen de ces dangers.

- En effet. Un drame reste un drame et il est normal de s'en émouvoir, mais si l'on évaluait la médecine conventionnelle à partir des morts générés par celle-ci, le bilan serait expéditif ! Vous avez tous les chiffres en tête...

- Vous devez reconnaître que la vaccination - à propos de laquelle vous éprouvez un certain nombre de doutes - a tout de même permis des succès probants dans la lutte contre des maladies qui pouvaient avoir des conséquences tragiques !

Décidemment, lui aussi semble ignorer les nombreux médecins, biologistes, virologues et immunologistes mettant en doute le bien-fondé des vaccins et toutes les parutions scientifiques qui le prouvent.

 - Comment les thérapies alternatives sont-elles étudiées aujourd'hui ? Uniquement à travers le prisme des dérives sectaires ! L'institution les évoque-t-elle de façon positive ? À notre connaissance, non ! La seule façon d'avoir une réflexion équilibrée est de sortir cette analyse du chapeau de la lutte contre les dérives sectaires. C'est pourquoi nous proposons un observatoire. Nous ne prétendons pas qu'il ne faut pas les analyser mais qu'il convient de le faire autrement. 

Intervient alors le sénateur Yannick Vaugrenard : 

- Les choses me semblent un peu compliquées et difficiles. Nous vous posons des questions très simples et j'ai le sentiment que vous n'y répondez pas vraiment. Vous vous arc-boutez derrière le fait que les questions que nous pourrions poser seraient uniquement en fonction de dérives sectaires et vous ne répondez pas sur le fond. Je désirerais vous poser trois questions très simples... Vous arrive-t-il - à vous ou à ceux qui vous suivent - de conseiller à un malade de se faire soigner ou de ne pas se faire soigner par la médecine traditionnelle ? C'est une question simple ! Ne me répondez pas en disant que vous refusez d'être entraîné dans le champ des dérives sectaires et que vous proposez un observatoire ! Quel est votre sentiment ? Pouvez-vous, si possible, apporter à ces questions des réponses précises ?

- Vous me demandez si nous donnons des conseils, dans un sens ou un autre, en matière de thérapie. La réponse est non. Ce n'est pas l'objet de notre association. Nous ne sommes pas thérapeutes et n'avons pas d'expertise sur le sujet. Aucun des chiffres fournis par la Miviludes, de notre point de vue, n'est étayé ! Ainsi, un tiers des psychothérapeutes évolueraient dans les milieux sectaires. D'où vient ce chiffre ? Comment a-t-il été construit ? Quelle méthodologie a-t-on employé pour l'obtenir ? M. Blisko, lors de son audition, a affirmé que 3 000 médecins appartenaient au monde sectaire. Il reconnaît que ce chiffre a été fourni par l'Ordre des médecins. Quelle est la compétence de l'Ordre pour décider qui appartient ou non à une secte ? On ne comprend pas bien d'où sortent ces chiffres...

 Stéphane Mazars revient à la charge :

- Ce qui nous anime, ce n'est pas le fait de mener une étude sur les médecines dites parallèles ou secondaires, mais bien le fait que, par le biais de ces médecines, certaines personnes abandonnent la médecine conventionnelle et se mettent en danger. Il ne s'agit pas de faire un répertoire des pratiques non conventionnelles, qui n'est pas l'objet de notre commission d'enquête, mais d'étudier des situations où certaines personnes se mettent en danger et, parfois même, trouvent la mort en optant pour un type de médecine non conventionnelle. Ce sont là des choses relativement graves, sauf à démontrer qu'elles n'ont jamais existé ! C'est pourquoi nous vous interrogeons. Si on part donc de l'hypothèse que cela peut arriver, quel est votre sentiment ?

- Nous n'avons pas la compétence pour répondre à cette question précise ! Comment évaluer l'équilibre entre la liberté de choix thérapeutique, qui est pour nous fondamentale, et quelqu'un qui exerce son choix et décide de quitter la médecine conventionnelle...

- Prenons l'hypothèse d'une personne affaiblie par la maladie. On peut penser que son discernement est altéré, voire aboli. Cette personne arrête de se soigner dans le cadre conventionnel et meurt. Cela nous interpelle, cela nous interroge et nous inquiète. A-t-on raison ou tort ?

Le Dr Mazars pense donc que la maladie altère le jugement du patient. Comment peut-on avoir de telles idées ridicules ?

- Vous avez raison de vous interroger sur certains cas, mais il est problématique, à partir de là, d'établir des généralités sur des pratiques médicales ou thérapeutiques.

- Ces cas nous intéressent. On peut en discuter. C'est ce que nous vous proposons...

- Quand un drame survient parce qu'on a utilisé une pratique non conventionnelle...

- Non, parce qu'on a quitté la médecine conventionnelle et opté pour une pratique non conventionnelle...

Ce médecin semble ignorer le nombre de morts et d’invalidités causés par la médecine conventionnelle !

- La question est de savoir s'il a pu y avoir abus...

- Il y a abus !

- S'il y a abus, il doit être effectivement traité.

- On en relève beaucoup !

- Beaucoup ne veut pas dire grand-chose ! Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de drame, mais cela justifie-t-il d'en inclure le traitement dans le rouleau compresseur qu'est devenue la lutte contre les dérives sectaires ? Nous ne le pensons pas. 

 Inquisitrice, Muguette Dini, sénatrice du Rhône, entre en lice à son tour :

 - Pourquoi avez-vous décidé de créer le CICNS ? Comment l'avez-vous créé ? Avec qui et quand ? Enfin, si l'un de vos enfants était atteint d'un cancer, envisageriez-vous immédiatement le recours à une médecine alternative ?

- Le CICNS a été créé à l'initiative de différentes personnes venues de différents horizons, qui ont pensé que défendre les libertés fondamentales était une bonne idée, dans la mesure où nous pensions, à l'époque, que la lutte contre les sectes représentait une menace contre ces libertés...

- Sans citer de noms, qui étaient ces personnes ?

- Nous ne défendons pas un mouvement spirituel. Nous sommes indépendants de tout groupe ou parti politique...

- Vous ne répondez pas à ma question ! Que sont ces personnes ? Des médecins, des sociologues, des avocats, des professeurs. Qui sont-ils ?

- Certaines personnes sont dans l'enseignement, le social, l'électronique, la plomberie, l'artisanat...

- Combien étiez-vous à l'origine ? Quand votre association a-t-elle été créée ?

Le Dr Catherine Deroche, aussi entêtée que sa consœur : 

- Les questions que je voulais poser l'ont déjà été, mais vous n'avez pas répondu à l'interrogation de Mme Dini : si l'on découvrait un cancer à l'un de vos enfants, iriez-vous d'emblée vers une médecine alternative ou classique ?

- Il n'est pas aisé de répondre à cette question. Je donnerai une réponse qui m'a marqué, faite à l'occasion de l'enquête sur l'« enfance volée ». Il y était question des Témoins de Jéhovah et de la transfusion sanguine. On a posé à Mme Lebatard, chargée des affaires familiales au conseil d'orientation de la Miviludes, la question suivante : « Si vous aviez dans votre famille un Témoin de Jéhovah qui demande que l'on respecte sa religion, que feriez-vous ? ». Elle a hésité puis a répondu : « Je crois que j'écouterais mon cœur ». Dans de tels cas, c'est la seule réponse que l'on puisse faire. Je fais remarquer que cette réponse, qui était intéressante, a été retirée des comptes rendus de son audition !

- Et que vous dirait votre cœur ? demande alors Alain Milon

- Je ne puis répondre. C'est trop délicat. Il faut se trouver dans cette situation pour décider ce qui convient le mieux à l'enfant. On ne peut décider tant qu'on n'est pas confronté à un tel problème.

Gérard Roche, qui a fait rire tout le monde en mentionnant « un accordéon » dans sa déclaration de patrimoine, semble tomber des nues :

- Je suis élu de Haute-Loire et de souche paysanne. J'ai besoin d'y voir clair pour comprendre ce que vous voulez dire ! Si je viens vous voir en vous expliquant que j'ai un cancer et que la chimiothérapie me pose beaucoup de problèmes, que me répondrez-vous ?

- C'est à vous de décider en votre âme et conscience !

- Décider de quoi ?

- Du choix qui vous convient !

- Dans ce cas, quel est votre rôle ? J'ai l'impression qu'il se résume à dénoncer l'agressivité des gens qui ont pour mission de protéger leurs concitoyens en dénonçant des dérives sectaires qui peuvent survenir en cas de prise en charge thérapeutique non traditionnelle. Àpart cela, je n'ai pas compris à quoi vous serviez !

- Nous proposons que les autorités publiques adoptent une autre méthode pour étudier les minorités thérapeutiques, éducatives ou spirituelles.

Le Dr Catherine Génisson, qui a vu la paille dans l'œil de son voisin, mais pas la poutre dans le sien : 

- Mme Dini a dit que vous maniez fort bien la langue de bois : vous êtes effectivement très fort pour détourner les questions que l'on vous pose ! Vous semblez très attaché à la sémantique et paraissez beaucoup tenir à la défense des pratiques alternatives. Répondez par oui ou par non...

- Pas plus qu'à celle de la médecine conventionnelle !

- Vous qualifiez bien les pratiques non conventionnelles de pratiques alternatives...

- Nous défendons toutes les pratiques dites de support, complémentaires ou alternatives.

- Depuis que nous vous entendons, vous n'avez utilisé que le terme « alternatif ». Vous êtes très attaché à la sémantique : je vous fais donc remarquer que vous n'avez utilisé que ce terme et aucun autre.

- Les pratiques qu'on appelle complémentaires ou de support sont des pratiques non conventionnelles... 

 Catherine Génisson revient à la charge : 

- La liberté thérapeutique signifie-t-elle également selon vous l'abandon des soins de médecine traditionnelle ? Enfin, vous avez mis lourdement en cause la méthodologie de la Miviludes. Implicitement, et de façon plus ténue, vous mettez en cause la méthodologie de fonctionnement de notre commission d'enquête. Quelle est votre propre méthodologie ?

- L'abandon de soins est-il légitime ?

- Ce n'est pas la question que j'ai posée ! L'abandon de soins correspond-il à la liberté de choix thérapeutique ?

- La loi Kouchner précise qu'un malade est libre de refuser les soins qui lui sont proposés...

- Selon vous, l'abandon de soins et, dès lors, le recours à des pratiques alternatives est donc une voie naturelle ?

- Je ne sais ce que vous entendez par « naturelle » : c'est une liberté et chacun peut l'utiliser de différentes manières, en son âme et conscience.

- Quand une personne est désespérée, qu'elle sait sa fin proche, qu'elle s'ouvre du fait de prises en charge thérapeutiques lourdes et difficiles à supporter, vous considérez donc normal qu'il y ait abandon de soins et recours aux pratiques alternatives ? […] Qu'en est-il de votre méthodologie ?

- Nous essayons de donner la parole à des personnes qui ne l'ont pas, c'est-à-dire à des gens qui subissent l'impact de la lutte contre les dérives sectaires. Nous aimerions que la méthodologie de l'observatoire soit construite sur des structures universitaires, qui apporteront une méthodologie de travail.

- Si j'ai bien compris, vous avez été créé pour lutter contre le travail de la Miviludes...

Madame Génisson n’a vraiment rien compris, mais le président du CICNS garde son calme :

- Nous nous sommes constitués en association, considérant que le travail de la Miviludes ne proposait aucune méthodologie et aucun débat contradictoire. Nous avons donc pensé nécessaire d'équilibrer ce débat, grâce à un observatoire qui produise une information qui n'était pas fournie par la Miviludes. Après la loi d'immunité pour les témoins de commissions d'enquête parlementaires, une telle loi ressemblerait, selon nous, à une forme d'entrave à l'accès au processus juridique pour de nombreux citoyens appartenant aux groupes ciblés. Rappelons que la France est régulièrement condamnée par la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pour des procès non équitables et, encore récemment, pour violation de l'article 9 sur la liberté religieuse. Nous regrettons que la France choisisse l'isolement là où la plupart des pays d'Europe occidentale ont une approche pragmatique et tolérante - Suède, Italie, Espagne, Royaume-Uni, Suisse. Il est inconvenant d'imaginer que les autorités de ces pays, faisant face aux mêmes questions, choisiraient de moins protéger leurs citoyens contre d'éventuels dangers.

Pour terminer, le CICNS propose trois actions : mettre en place un Observatoire des mouvements alternatifs à vocation spirituelle, éducative ou thérapeutique, compétent et indépendant, financé par l'État et reconnu comme organe de référence sur le sujet, avec toutes les expertises nécessaires et avis contradictoires à la table de discussion ; en second lieu s'écarter de la rhétorique antisectes, qui est devenue injurieuse et blessante pour des centaines de milliers de personnes respectueuses de la loi, enfin abroger la loi About-Picard et définir le délit de manipulation mentale, que le Conseil de l'Europe avait d'ailleurs invité la France à revoir.

Étant donné l’état d’esprit qui règne parmi ces parlementaires, il est certain que nous ne sommes pas au bout de nos déceptions et que nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes pour changer de paradigme.

 

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