L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Révolution Verte : OGM pesticides et appauvrissement des sols

Publié par Sylvie Simon sur 23 Novembre 2010, 12:30pm

Catégories : #OGM- Monsanto- Pesticides

 

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À l’origine, l'objectif des promoteurs de la révolution verte relevait de préoccupations géopolitiques afin de diminuer les risques d'une révolution communiste. En Inde, elle devait permettre à ce pays de devenir une grande puissance agricole dans les années 70 et à la population de manger à sa faim.

Mais la transition d'une agriculture traditionnelle vers le modèle prôné par la révolution verte nécessitait de lourds investissements, ce qui a conduit au développement du crédit rural, facteur de fragilisation financière pour de nombreux petits agriculteurs, comme cela s’est déjà produit en France il a une vingtaine d’années avec les prêts du Crédit Agricole pour promouvoir l’agriculture intensive.

5195910216_0db05569e5.jpgLa révolution verte a surtout profité aux agriculteurs qui possédaient de grandes exploitations et un accès au crédit. Elle a donc souvent conduit à une accentuation des disparités sociales, économiques et régionales, à la déperdition du savoir traditionnel agricole, et dans certains pays à une accélération de l'exode rural.

Au début, elle a multiplié par dix la production de blé, et par trois la production de riz, mais elle a entraîné un usage excessif de pesticides et l’appauvrissement des sols ainsi pollués. Elle a donc contribué à réduire la biodiversité et a mis les agriculteurs sous la dépendance de l'industrie agro-chimio-pharmaceutique.

Dans les pays du Sud, il y a 2,5 milliards de pauvres dont plus de 850 millions dans une extrême précarité. Les trois quarts d’entre eux vivent dans les campagnes et dépendent de l'agriculture pour leur survie. Mais ce n’est pas en copiant les recettes des pays du Nord qu’on leur permettra de survivre, ni en transformant le maïs en biocarburant et encore moins en donnant d’énormes subventions à l'agriculture intensive.

img025En Inde, plus de 25 000 agriculteurs se sont donné la mort depuis dix ans. Selon une étude publiée en 2002 dans la revue scientifique The Lancet, le taux de suicide des régions rurales du Sud a atteint 58 décès pour 100 000 habitants — triste record mondial —, alors que la moyenne dans les autres pays est de 14,5 pour 100 000.

Le Daily Mail du 3 novembre 2008 qualifiait cette crise de « Génocide OGM » et se faisait le porte-parole du Prince Charles qui affirme que la question des OGM est à présent « une question morale mondiale » et que le moment est venu de mettre une fin à son avancée inexorable. Il a provoqué la colère des dirigeants des biotechnologies et de certains politiciens en condamnant « le taux vraiment effroyable et tragique de suicides chez les petits paysans indiens ayant pour cause l’échec de nombreuses variétés d’OGM ». Ces déclarations sont confirmées par les chiffres officiels du Ministère Indien de l’Agriculture qui signale qu’à présent plus de 1 000 paysans se suicident chaque mois.

du-coton.jpgLe journaliste du Daily Mail s’est rendu lui-même dans l’état de Maharashtra. « Ce que j’ai découvert est extrêmement alarmant et a de profondes implications pour les pays — y compris le Royaume-Uni — où l’on débat pour savoir si l’on autorise ou non la culture de semences manipulées par des scientifiques pour contourner les lois de la nature. »

Village après village, des familles lui ont raconté comment elles se sont endettées après avoir été convaincues d’acheter des semences de coton OGM au lieu des semences traditionnelles. « Ce sont ces semences magiques qui nous  étranglent. Ils nous les vendent en nous disant qu’elles n’ont plus besoin de pesticides coûteux, mais ce n’est pas vrai. Nous devons acheter les mêmes semences aux mêmes compagnies chaque année, ce qui nous tue. S’il vous plait, dites au monde ce qui se passe ici. »

Au moment des transactions, les vendeurs et représentants du gouvernement prétendaient que les semences OGM étaient 50 % plus chères, mais que le prix à payer était valable car il s’agissait de « semences magiques » avec de meilleures plantes, sans parasites ni insectes, ce qui s’est rapidement révélé être un mensonge. En vérité, la différence des prix est stupéfiante : 100 grammes de semences OGM coûtent 15 euros, alors que pour la même somme ont peut acheter au moins 100 kilos de semences traditionnelles. Le prix est donc 1 000 fois plus élevé.

3038555088_64aed47e08.jpgOn n’avait pas davantage prévenu les paysans que ces variétés nécessitaient deux fois plus d’eau que les autres. Aussi, avec la sècheresse des deux dernières années, les plantes OGM ont dépéri et sont mortes, laissant les paysans criblés de dettes et sans moyen pour les rembourser. Leurs suicides ne servent à rien car leurs femmes perdent de toute manière leur terre, n’ont plus les moyens de payer l’éducation de leurs enfants, et vont rejoindre les hordes de miséreux que l’on voit mendier par milliers, le long des routes de ce pays. Mais aucun rapport officiel n’a encore signalé l’exode rural massif des paysans qui se retrouvent chômeurs dans les villes, ni le déclin des rendements.

Il est certain que les autorités ne sont pas les seules responsables car en acceptant d’autoriser les géants des biotechnologies, comme Monsanto, à vendre leurs nouvelles créations semencières, elles espéraient échapper à l’extrême pauvreté des années qui succédèrent à l’indépendance. D’autant qu’au cours des années 80 et 90, en contrepartie de l’accès à son immense marché, l’Inde a reçu des crédits du Fonds Monétaire International, ce qui l’a aidé à lancer une révolution économique.

Déjà, en janvier 2001, le Courrier de l’Unesco citait S.P. Mittal, directeur scientifique de l’Institut de recherche central sur la conservation des sols et de l’eau de Chandigarh, la capitale du Pendjab : « Le niveau de la nappe phréatique a baissé d’un à trois mètres sur plus de 75 % du territoire de l’État. […] Les paysans sèment le riz en mai pour pouvoir récolter avant le 1er septembre, date à laquelle l’État cesse de garantir les prix d’achats. Or, durant cette saison chaude, il faut beaucoup d’eau. » En outre, la chaîne alimentaire et les sources contaminées, l’écosystème empoisonné, la biodiversité détruite. On trouve des pesticides partout, non seulement dans les végétaux, mais aussi dans le lait maternel ou le sang humain.

5198753561_a6e325564f.jpgEt le même journal expliquait : « Un million et demi d’hectares seraient déjà dégradés. Si la tendance se poursuit, les rendements moyens par hectare vont décroître, tandis que les engrais, toujours plus nécessaires, feront monter les coûts de production. Une équation mortelle pour les petits paysans, qui possèdent plus de la moitié du 1,2 million de fermes du Pendjab. Plusieurs enquêtes ont montré que pour continuer à produire, la majorité de ces agriculteurs s’endettent à court terme à des taux d’intérêt très élevés. Du coup, en 10 ans, selon une étude réalisée en 1999 par l’Université du Pendjab, le taux de suicide des paysans a quadruplé alors qu’il baisse dans le reste de l’Inde ».

En 1960-1961, on a utilisé 5 000 tonnes d’engrais chimiques, alors qu’en 1998-1999, 1,3 million de tonnes, soit 260 fois plus, ont provoqué dans les sols de graves déficiences en oligo-éléments.

Cette agriculture dépendante des produits chimiques — elle s'est accompagnée d'une augmentation de l'utilisation des pesticides — dépend aussi des énergies fossiles dont une grande partie est destinée à l'agriculture pour la seule synthèse des engrais, sans compter le carburant nécessaire au transport et aux machines. Cette forte consommation d’énergie va, non seulement augmenter le coût de la production des aliments, mais contribuer également au changement climatique.

Quant aux organochlorés, ils empoisonnent la terre et contaminent l'eau, notamment par les nitrates, mais ils favorisent aussi l’apparition de souches de moustiques résistantes aux pesticides. En outre, privées de matière organique, les espèces vivantes comme les bactéries, les champignons ou les vers de terre, sont en train de disparaître à leur tour. 

5168177978_1c02235eec.jpgSelon le Rapport mondial de la fao (Food and Alimentation Organisation) sur l’alimentation, paru en 2006, l’agriculture mondiale a aujourd’hui la capacité de nourrir 12 milliards d’êtres humains alors que nous sommes 6,2 milliards et que plus de 900 millions de personnes sont sous-alimentées. Cela prouve bien que la faim n’est pas une fatalité, mais l’une des absurdités de la situation. La Révolution verte a pris naissance sur le postulat que la famine était due à une pénurie d’aliments, alors qu’il s’agit d’un phénomène complexe de distribution et de partage et que seule une approche holistique — et non des dons de nourriture — permettra de résoudre ce problème.

Pour comprendre l’aberration du système actuellement en place, il suffit de le comparer avec les nombreuses alternatives agro-écologiques qui ont fait leurs preuves en Afrique et qui respectent le droit des peuples de disposer d’aliments culturellement et climatologiquement appropriés, produits par des méthodes écologiquement rationnelles et durables, et leur droit à choisir leurs propres systèmes agro-alimentaires

Dans certaines régions de l'Inde, la révolution verte a ainsi remplacé la culture des légumes secs par celle du blé, qui ne correspond pas au régime alimentaire des paysans. De même, les pesticides employés dans la production du riz en Inde ont éliminé le poisson et certaines plantes sauvages qui nourrissaient les paysans indiens.

5200597072_294d0cf255.jpgKrishna Reddy, secrétaire général du syndicat agricole All India Kisan Sabha, n’hésite pas à affirmer que le gouvernement et les multinationales se sont entendu pour mettre à genoux les petits paysans. « Ce qu'ils veulent, c'est nous faire partir et remembrer les terres pour créer de vastes exploitations industrielles : il n'y en a plus aujourd'hui que pour l'agrobusiness. »

De toute manière, malgré les belles promesses, le coût de production augmente aussi rapidement que fortement. Celui de la tonne de blé qui est passé de 30 dollars en 1984-1985 à 80 dollars en 1997-1998 est à présent de 170 à 180 dollars.

En vérité, cette révolution est un prétexte pour breveter les semences car, tant qu’elles se reproduiront d’elles-mêmes, il sera extrêmement difficile pour l’agro-business de contrôler cet élément essentiel du secteur agricole. Une fois que la production de semences sera totalement retirée aux agriculteurs, le secteur agricole tombera encore davantage sous le contrôle des lobbies.

Inutile de préciser que ce projet va passer très rapidement du stade de semences hybrides stériles à la production d’organismes génétiquement modifiés et l’établissement d’un régime totalitaire de propriété intellectuelle et de brevets.

Le Pr Asis Datta, a mis au point une pomme de terre transgénique enrichie en protéines, la « protato », afin d’améliorer la qualité de la nutrition. Le généticien est persuadé que la génétique va résoudre les problèmes alimentaires de l'Inde. « À condition de ne pas laisser les firmes privées s'emparer totalement de ce domaine stratégique », précise-t-il avec beaucoup de naïveté.

À l’opposé, la physicienne Vananda Shiva, fondatrice de l'Ong Navdania, association pour la conservation de la biodiversité et la protection des droits des fermiers, mène depuis vingt ans un combat acharné contre le génie génétique et les multinationales de l'agroalimentaire et essaie d’introduire massivement dans le pays les méthodes de culture sans engrais et sans pesticides. « On a réussi à doubler le taux de protéines de cette patate pour le faire passer de 2,5 à 5 %. La belle affaire ! Le millet, une graminée cultivée en Inde depuis des millénaires, en contient 10 %. À quoi bon dépenser des millions de dollars dans des recherches qui ne servent à rien ? » 

vandana-shiva.jpgIl est vrai que ces millions de dollars ne servent à rien en ce qui concerne la faim dans le monde, mais ils servent très bien les intérêts des multinationales. La ferme de Navdanya est une banque de semences modèles qui a permis à plus de 10 000 fermiers d'Inde, Pakistan, Tibet, Népal et Bangladesh de redécouvrir une agriculture saine et naturelle. Mais elle a encore beaucoup à faire avant de convertir les 700 millions de paysans indiens à ces méthodes douces. Vananda Shiva a reçu le prix Nobel alternatif en 1993 ainsi que d’autres récompenses pour son travail de sauvegarde de la Planète.

 

5100432079_9e99740ff1.jpgAssociée à la fondation Rockefeller, la fondation Bill et Melinda Gates finance l’Agra (Alliance pour une Révolution Verte en Afrique), avec pour responsable l’ancien secrétaire général de l’onu, M. Kofi Annan. Il est donc certain que la Révolution Verte en Afrique aura les mêmes conséquences que la Révolution Verte en Inde.

Monsanto, bien connu pour être le plus grand pollueur de la Planète, est bien installé en Afrique du Sud, dont le gouvernement entretient d’étroites relations avec les multinationales. Le groupe suisse Syngenta, considéré comme le quatrième cavalier de l’Apocalypse ogm, dépense à Nairobi des millions de dollars. La firme a conçu un programme pompeusement appelé « Seeds of hope » (Graines d’espoir), qui consiste à distribuer aux petits fermiers des paquets de graines ogm brevetées. Il est certain que ces « graines d’espoir » vont très rapidement devenir des « graines de suicide », comme elles ont été baptisées par Vananda Shiva en Inde.

Selon Jean Ziegler, rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation, le dessein véritable d’Agra est d’aider les grandes agro-industries à pénétrer les systèmes agricoles et les dominer. « L’Agra de Kofi Annan n’est rien d’autre que la façade philanthropique d’un vaste réseau d’entreprises de semences, de produits chimiques et d’engrais, et d’institutions qui cherchent à industrialiser l’agriculture africaine. La forte campagne de l’Agra pour une nouvelle Révolution verte vise à attirer les investissements privés, à engager les gouvernements, et à convaincre les agriculteurs africains d’acheter des semences et des engrais nouveaux. L’Agra est en train de préparer les chercheurs, les institutions et les agriculteurs africains à l’introduction des cultures OGM, non seulement le riz, le blé et le maïs, mais aussi le manioc, le plantain et d’autres produits alimentaires africains. »

Pour nous résumer, tout ce beau monde s’est associé afin de satisfaire le désir de Robert McNamara, ancien président de la Banque mondiale, ancien secrétaire d'État américain, responsable des bombardements massifs du Viêt-nam, qui aurait déclaré : « Il faut prendre des mesures draconiennes de réduction démographique contre la volonté des populations. Réduire les taux de natalité s'est avéré impossible ou insuffisant. II faut donc augmenter les taux de mortalité. Comment ? Par des moyens naturels : la famine et la maladie. »

 

 
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