L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Refondre l’ONU : pour que l’action citoyenne ne soit plus seulement la mouche du coche

Publié par Nils Andersson sur 11 Novembre 2010, 12:49pm

Catégories : #Législation- Tribunaux-Codex alimentarius

Refondre l’ONU : pour que l’action citoyenne ne soit plus seulement la mouche du coche Par Nils Andersson*

Expliquer en quoi le Codex Alimentarius est une parfaite démonstration d’une nécessaire refonte du système des relations internationales, de l’ONU et de leur démocratisation, peut surprendre. Nous sommes pourtant dans le sujet, la lutte contre l’irradiation des aliments révélant tout à la fois les carences de l’institution et sa raison d’être.

Très succinctement, sa raison d’être. Premier temps, Braudel l’a parfaitement démontré, le marché unifie une économie-monde. Second temps, le marché ayant « besoin d’être organisé », l’État nation nait, créant ainsi les conditions de passage de proto états à des États-nations. Troisième temps, les États-nations vivent dans « un état de guerre », d’où un système de relations internationales basé sur des rapports de force, cause de conflits entre puissances et d’antagonismes centre/périphérie. Il en est résulté des siècles de dommages et souffrances pour les populations.

Il fallut la Première Guerre mondiale pour que le « plus jamais ça » des peuples s’exprime avec force et que prenne forme le dessein, préconisé par Kant « d’une organisation civile d’une équité parfaite ». La Société des Nations, dans un cadre encore essentiellement eurocentriste, est née de cette aspiration, elle s’avèrera défaillante. Au terme de la Seconde Guerre mondiale, cette vision universelle et multilatéraliste se manifeste à nouveau dans la Charte des Nations unies qui affirme la volonté de préserver les générations futures du fléau de la guerre et de recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples.

C’est la naissance de l’ONU et du système onusien sur la base de « l'égalité souveraine de tous les États grands et petits ». Cependant, tout en affirmant l’égalité entre les nations grandes et petites, les puissances mettent en place un directoire, le Conseil de sécurité, dans lequel elles se dotent d’un droit de veto pour assurer leur prépondérance, interdisant ainsi qu’une décision soit prise à leur encontre. La hiérarchisation qui existe de fait entre les États va être confortée dans le système des Nations unies par la multiplication du nombre des institutions. Celles-ci disposant d’une grande autonomie vont devenir des baronnies, accentuant les rapports inégaux entre les États, car seule une minorité de nations, les plus importantes et les plus riches, sont en mesure d’assurer une représentation compétente, voire simplement une présence, dans la toile des institutions onusiennes.

La mondialisation économique va amplifier ce processus, l’État-nation n’est plus le champ principal de l’hégémonie politique, avec comme conséquence un élargissement de l’influence des organismes financiers et commerciaux et l’introduction des transnationales dans le système onusien, le Global compact dont le but est de « promouvoir une mondialisation profitable à tous, sur la base de l’économie de marché » en témoigne.

Plus encore, l’ONU se voit dessaisie de prérogatives inscrites dans la Charte, celles-ci étant transférées vers des directoires plus favorables à des conciliabules réservés aux principales puissances. Ainsi en est-il du G8 ou du G20 et de l’OTAN, lieux où se prennent en aparté et non dans un cadre multilatéral, des décisions de politiques économiques et financières, et touchant la menace écologique et la guerre. À la phase mondialisée du capitalisme, ces directoires assurent, au-dessus de l’ONU, seule institution universelle, la « gouvernance » mondiale. Il s’agit là d’un détournement des principes fondateurs de l’ONU et de la négation de l’égalité proclamée entre les États.

S’ajoute l’anomalie majeure du système des relations internationales, qui le différencie du cadre étatique comme du cadre local : d’être un système sans tête, hors contrôle, qu’aucune instance ne chapeaute. Un système qualifié par certains « d’anarchique »,

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puisqu’il n’a pas « d’autorité » supérieure, mais rien n’est plus faux, il s’agit au contraire d’un assemblage complexe d’organismes internationaux et de directoires censitaires, d’un système sans tête, mais non sans maîtres, dans lequel les décisions sont prises sans que les citoyens aient jamais à se prononcer.

Notre sujet aujourd’hui, l’irradiation des aliments, démontre parfaitement les conséquences, premièrement de l’inégalité qui régit le système des relations internationales, secondement de son absence de démocratie. Les organisations engagées dans cette lutte sont confrontées à la multiplicité des instances de décisions, à la complexité des processus, à leur opacité et elles ne disposent pas de lieux réels d’expression.

Pour s’en tenir au domaine institutionnel, c’est initialement, à l’OMS que revient la responsabilité d’alerter des dangers que représentent des aliments irradiés. Mais, en 1959, un accord est passé avec l’AIEA, ce qui, vous l’avez dénoncé dans « Aliments irradiés, atome, malbouffe et mondialisation », revient a « déposséder de facto l’OMS de

son indépendance sur les questions liées à l’énergie nucléaire. »28 En effet, le but de l’AIEA, hors le contrôle de la prolifération nucléaire, n’est pas de veiller à notre santé, mais « d’encourager, d’assister et de coordonner les recherches sur le développement et les applications pratiques dans le domaine des utilisations pacifiques de l’énergie atomique. » Son objet est prioritairement industriel et l’irradiation des aliments est une branche de l’industrie nucléaire.

Un exemple, celui de SureBeam, l’une des principales sociétés d’irradiation des aliments dans le monde, pour laquelle, marketing oblige, l’usage de radiation ionisante est pudiquement qualifié de « pasteurisation électronique » ! SureBeam est une filiale du groupe Titan qui a construit les accélérateurs linéaires pour le système de défense antimissile de la « guerre des étoiles », ce qui démontre l’absence, au niveau de la recherche et de ses applications, d’une frontière étanche entre l’usage militaire et l’usage pacifique de l’énergie nucléaire.

Ensuite, je parle sous votre autorité, un Comité mixte d’experts de l’AIEA, de l’OMS et de la FAO, le JECFI est constitué, afin d’étudier la salubrité des aliments traités par irradiation puis est créée par la FAO et l’OMS, la Commission du Codex Alimentarius dont le rôle est d’élaborer des normes alimentaires. Le JECFI, en 1980, va considérer l’irradiation des aliments comme « sans danger pour le consommateur et adéquate d’un point de vue nutritionnel.» Elle confirme ses conclusions en 1990, considérant les aliments irradiés « comme sains dans toute la plage des doses techniquement utiles. » En conformité avec ces conclusions, la Commission du Codex Alimentarius va autoriser en 1983 l’irradiation des aliments et, en 2003, agréer l’irradiation sans limite de dose, vos travaux et votre action le montrent, avec les risques sanitaires que cela représente.

Le Codex Alimentarius va alors servir de caution scientifique à l’OMC dans ses décisions et arbitrages toujours favorables à la libre circulation des marchandises et opposés à tout « protectionnisme », serait-il sanitaire.

Ainsi, dénonçant les menaces que l’irradiation des aliments peut représenter, votre action se trouve confrontée à un rapport de force interétatique défavorable au sein de l’OMS, de la FAO, de l’AIEA et de l’OMC. Plus encore, avec les moyens considérables dont ils disposent, elle se voit opposer les agissements du lobbying de l’industrie chimique et pharmaceutique au sein de l’OMS, du lobbying agro-alimentaire au sein de la FAO, de celui nucléaire au sein de l’AIEA et aux logiques commerciales néo-libérales qui prévalent

28 Autorités de sécurité sanitaire : des avis biaisés, « Aliments irradiés, atome, malbouffe et mondialisation », Éditions Golias, 2008

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à l’OMC. Le constat du collectif français contre l’irradiation des aliments est des plus pertinents : « Quelle place reste-t-il à la santé et à la démocratie ? »

Entendons-nous, il ne s’agit pas de contester les attributions et les missions essentielles de l’OMS (lutte contre les pandémies) ou de la FAO (lutte contre la faim), encore moins de nier le besoin d’une organisation universelle et multilatérale ; l’ONU constitue un acquis précieux que seules des conditions extrêmes, au sortir d’un conflit mondial, ont permis de mettre en place et qu’il serait impossible de créer aujourd’hui. Un monde sans ONU serait encore plus dangereux. Concrètement, notre propos est, comment modifier ce rapport de forces inégal dans le système onusien ?

Le droit à l’irradiation des aliments (comme nombre d’autres questions) ne se décident plus dans le cadre national, ni européen, qui deviennent des instances d’adoption des applications, mais dans des instances globales. C’est donc une capacité d’intervention à ce niveau dont il faut se doter, et nous devons reconnaître qu’aujourd’hui celle-ci n’est pas au niveau exigé. Créer ces conditions ne peut être qu’une longue démarche, qui demande d’adopter une stratégie allant du local au global, avec une coordination internationale des actions menées - contre les aliments irradiés en l’occurrence -, mais aussi, tout en préservant ses spécificités, en maillant cette revendication à l’ensemble des revendications écologiques, sociales, humanitaires, démocratiques. Pour ne plus être seulement la mouche du coche, face à des pouvoirs globaux, il ne peut y avoir d’efficacité réelle avec menant des actions morcelées et sans capacité à réaliser des alliances.

Une première exigence est d’introduire de la démocratie dans le système des relations internationales et très directement dans celui des Nations unies. Nous devons intégrer cet objectif dans notre démarche. L’ONU doit être démocratisée dans ses structures, dans son fonctionnement, dans le contrôle des décisions prises. Pour la mise en place d'une institution plus démocratique, pour résister aux oligarchies qui prétendent régir le monde, il est indispensable de redéfinir les hiérarchies et les lieux de pouvoir dans le système onusien. Il nous faut concevoir et imaginer des représentations du mouvement social et associatif qui soient autre chose qu’une représentation alibi. Nous devons conquérir non seulement des lieux d’expression, mais un pouvoir d’intervenir dans les prises de décisions.

Il faut pour cela que nous ayons conscience que si, dans le domaine des relations internationales et au sein du système onusien, les aspirations des citoyens ne sont pas considérées, cela tient certes à la complexité du système qui, à dessein, entrave toute intervention citoyenne et renforce le sentiment d’impuissance à pouvoir modifier l’ordre de choses; mais c’est aussi parce que les citoyens considèrent les relations internationales comme un domaine réservé aux gouvernements, aux diplomates, aux juristes, aux fonctionnaires internationaux. Ce domaine n’est pas suffisamment perçu comme un sujet politique, un terrain de luttes à investir, laissant ainsi le champ libre, au sein des organismes internationaux, aux décisions des pouvoirs étatiques, économiques et financiers.

Démarche parallèle à celle citoyenne et associative, il ne peut aujourd'hui y avoir de nouveaux rapports de forces dans le monde sans que cela ne se manifeste, malgré l’affaiblissement de l’État-nation, au niveau des États qui constituent les Nations unies. L’ONU a connu entre la bipolarité États-Unis-URSS après la Seconde Guerre mondiale et avant l’unipolarité qui a prévalu suite à la chute du Mur, un moment de tripolarité avec le mouvement des non-alignés issu de la Conférence de Bandung. Il y a là un exemple à tirer. Si comme il en a été pour les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, la revendication anticoloniale a permis avec le groupe des 77, correspondant au nombre des États qui le composaient à l’origine, de modifier le rapport de force au sein de l’ONU, pourquoi n’y aurait-il pas aujourd’hui, où la question écologique est une revendication planétaire, un Bandung écologique ? Déjà se manifestent des convergences entre des revendications populaires, associatives et des revendications étatiques alternatives. En témoignent les initiatives de la Bolivie de Cochabamba se rapportant au climat, ou de l’Équateur, concernant l’extraction du pétrole, États pour lesquelles l’ONU apparaît

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comme l’instance la plus appropriée. C’est un horizon qui se profile, il faut le rendre possible. La lutte contre les aliments irradiés est un maillon essentiel de ce possible vers un autre monde.

*Nils Andersson est membre du Conseil scientifique d’Attac France et co-coordinateur de l’ouvrage collectif « Une autre ONU pour un autre monde » (Attac/Tribord, 2010).

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Lettre ouverte à Mme Catherine Geslain-Lanéelle, directrice de l'EFSA

MM. les Commissaires de l’Union européenne, John Dalli, directeur DG Santé et politique des consommateurs Janez Potočnik, directeur DG Environnement, Antonio Tajani, directeur DG Industrie et entrepreneuriat

MM. et Mmes les membres du Parlement Européen

Objet : irradiation des aliments

Lundi 11 Octobre 2010

Depuis plusieurs années, des associations se mobilisent dans l’Union européenne pour informer les citoyens et exhorter leurs institutions, communautaires et nationales, à réellement évaluer l’ensemble des risques liés à l’irradiation des aliments et à appliquer le principe de précaution.

Considérant que l’avis de l’EFSA sur cette technologie, demandé par la Commission européenne et attendu avant fin 2010, risque fort d’ouvrir la voie à une extension importante, sinon totale, de la liste des produits autorisés et des doses admises, nous appelons nos représentants politiques et les institutions de l’Union européenne à la plus grande prudence et à traiter ce sujet dans toute sa complexité.

Contexte réglementaire

L’évolution de la réglementation internationale depuis des décennies a conduit la Commission du Codex alimentarius à une révision de sa norme en 2003, autorisant l’irradiation de tous les types d’aliments jusqu’à la dose de 10kGy, ou au-delà si « nécessité technologique »29. Cette norme (résultat des travaux d’une commission mixte FAO/OMS/AIEA30), a conduit l’OMS à recommander l’irradiation des aliments comme moyen d’assurer la sécurité sanitaire pour le consommateur. Par ailleurs, le traitement par irradiation est considéré idéal pour l’application du système HACCP, également normalisé par le Codex Alimentarius.

Ceci a encouragé de nombreux pays à autoriser la commercialisation d’aliments irradiés pour tous produits ou pour des gammes assez larges de produits, souvent sans limitation de dose.

L’Union européenne a émis deux directives (cadre et d’application31) en 1999, définissant les conditions d’irradiation pour les aliments, la nécessité d’étiquetage des produits commercialisés (en emballages individuels, industriels ou en vrac), la nécessité que l’irradiation soit réalisée dans une unité agréée par l’UE32, ainsi qu’une liste commune de produits autorisés (herbes aromatiques séchées, épices et condiments végétaux). Cette liste « courte », compromis entre les avis divergents, devait être complétée avant fin 2002 mais a fait l’objet d’un « statu quo » jusqu’à présent, sur la base d’une proposition de la Commission européenne33 (proposant trois options)

29 Norme générale Codex pour les denrées alimentaires irradiées – Codex Stan 106-1983, Rev 1-2003 30 - « Salubrité des aliments irradiés », rapport d’un comité mixte AIEA/FAO/OMS d’experts, OMS, Série de rapports techniques n°659, Genève 1981, 40 pages - Rapport sur les réunions de comité d’experts et de groupe d’étude du 26 novembre 1999 à l’OMS Genève, qui fait part des recommandations concernant le rapport sur Irradiation à haute dose: Valeur nutritive des aliments irradiés avec des doses supérieures à 10 kGy, Rapport FAO/IAEA/WHO Groupe d’étude, Genève, 15-20 Septembre 1997.

31 - Directive 1999/2/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 février 1999 relative au rapprochement des législations des Etats membres sur les denrées et ingrédients alimentaires traités par ionisation, publiée au J.O.n°L66 du 13.03.1999. - Directive 1999/3/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 février 1999 établissant une liste communautaire de denrées et ingrédients alimentaires traités par ionisation, publiée au J O n° L66 du 13.03.1999. 32 les installations autorisées – dans les Etats membres et dans les pays tiers - faisant l’objet de listes adoptées par la Commission européenne 33 Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil sur les denrées et ingrédients

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tenant compte des avis du CSAH34 et des positions divergentes des différents acteurs. A ceci près que, avec les dérogations accordées aux pays le souhaitant – sous réserve d’avis favorable du CSAH, et du fait de la liberté de circulation des biens au sein de l’UE, ce sont en réalité plus de 30 types de produits qui sont autorisés dans l’UE35.

Les directives prévoient certes des contrôles au niveau du traitement par irradiation dans les Etats membres (10 pays concernés) et au niveau de la commercialisation, mais les contrôles sont disparates et les volumes de produits commercialisés en réalité inconnus36. Nous ne pouvons que constater que la réglementation actuelle au sein de l’Union européenne est incohérente, inefficace et par ailleurs risquée vis-à-vis de l’OMC.

En effet, le fait que le Codex Alimentarius permette l’irradiation des aliments pratiquement sans limitation de dose fait peser le risque, sur les pays qui s’aventureraient à refuser l’importation d’aliments au motif qu’ils sont irradiés, d’une plainte devant l’Organe de règlement des différends de l’OMC, laquelle pourrait entraîner des mesures de représailles commerciales, comme cela a été le cas à propos des mesures communautaires interdisant l’importation des viandes d’animaux traités avec des hormones fin des années 90. D’ailleurs, des unités d’irradiation chinoises qui avaient demandé à être agréées par l’UE ont pertinemment rappelé en 2009 qu’il n’était pas obligatoire de respecter les législations locales37.

De la nécessité d’une approche globale

Nous souhaitons alerter nos représentants, nos institutions et nos concitoyens sur la nécessité, pour ce sujet comme pour d’autres thématiques abordées ailleurs (OGM, phytosanitaires, nanomatériaux...), d’une vision globale et non seulement sanitaire, dans un contexte d’accélération des échanges alimentaires internationaux et d’une normalisation internationale (Codex Alimentarius) à laquelle tous les pays membres (la grande majorité des pays de la planète) sont soumis : les risques sont multiples et ne peuvent être considérés séparément, les uns pris en compte comme techniques, les autres réfutés car appréhendés comme idéologiques.

Rappelons que l’irradiation des aliments se fait principalement par l’utilisation d’une source radioactive faite de rayons gamma émis en continu - et aussi longtemps que la source reste active (Cobalt 60, ou plus rarement Césium 137). Elle peut être également pratiquée par la projection d’électrons à une vitesse proche de celle de la lumière grâce à un accélérateur de particules à très haute énergie.

Ce procédé détruit les micro-organismes (bactéries, levures, moisissures) et ralentit le mûrissement, inhibe la germination et retarde l’altération des aliments irradiés. Il induit cependant des risques sanitaires, des risques environnementaux et des risques socio- économiques.

Des risques sanitaires

Perte de vitamines et autres éléments nutritifs : si ce risque est officiellement reconnu dans de nombreuses études38, il est évalué comme similaire aux effets d’autres traitements technologiques communs (ex. cuisson / traitement thermique).

Formation de produits de radiolyse ou néoformés : ce risque également est officiellement reconnu mais évalué comme similaire aux effets d’autres traitements technologiques communs (ex. cuisson / traitement thermique)

alimentaires pouvant être soumis à un traitement par ionisation dans la Communauté – COM/2001/0472 final 34 « Opinion of the Scientific Committee on Food on the irradiation of eight foodstuffs (expressed on 17.09.1998) » 35 Liste des autorisations des États membres relatives aux denrées et ingrédients alimentaires pouvant être soumis à un traitement par ionisation, 2009/C 283/02 36 - Rapports annuels de la Commission européenne sur le traitement des denrées alimentaires par ionisation. 37 Rapport d’une mission de l’office alimentaire et vétérinaire effectuée en Chine du 24 février 2009 au 2 mars 2009 afin d’évaluer les unités d’irradiation des denrées alimentaires, ref. DG(SANCO)/2009-8144-RS 38 Par exemple: - Diehl, J.F. “Vitamin A in irradiated foodstuffs.” Zeitschrift fuer Lebensmittel-Untersuchung und Forschung, 168:29-31, 1979. Cited in Stevenson, M.H., “Nutritional and other implications of irradiating meat.” Proceedings of the Nutrition Society , 53:317-325, 1994. - Kilcast, D. “Effect of radiation on vitamins.” Food Chemistry, 49:157-164, 1994. Ranking of vitamin sensitivity to radiation: High: C, B 1 , E, A; Medium: beta-carotene and K; Low: D, B2, B6, B12, B5, Folic acid, Pantothentic Acid, B 10 , Choline.

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Formation de 2-ACB (2 alkylcyclobutanones), néoformés spécifiques dans les produits gras irradiés : ceci est reconnu puisque la présence de 2-ACB est notamment utilisée comme élément de détection dans certaines méthodes de contrôle normalisées39. Or les 2-ACB impliquent des risques de cytotoxicité, mutagénèse et promotion de tumeurs, comme l’a montré notamment une étude franco-allemande40 en 2001. Certes, cette étude a été contestée par le CSAH41 mais sur la base d’arguments contestés par les chercheurs42.

Effets à long terme : « des inconnues subsistent sur les effets à long terme d’une consommation à grande échelle d’aliments irradiés », ainsi que la revue médicale française indépendante Prescrire l’indique en conclusion d’un dossier sur les aliments irradiés43 en 2006. Pourtant, l’OMS recommande l’irradiation des aliments.

Produits concernés: seule l’alimentation humaine fait l’objet d’une réglementation, les catégories de produits autorisés pouvant également concerner d’autres produits ingérés par l’être humain par voie digestive ou dermatologique : produits pharmaceutiques et parapharmaceutiques, les produits cosmétiques, sans parler de l’alimentation des animaux destinés à la consommation humaine et à fortiori de l’alimentation des animaux de compagnie.

Emballages : les emballages pourraient induire un problème de migration de produits toxiques (néoformés ou non) dans les aliments, comme l’indique un avis de l’agence française de sécurité sanitaire44, qui appelle à des recherches sur les risques liés à chaque matière utilisée comme telle et à une homologation spécifique. Or aucune décision réglementaire n’existe et il revient aux entreprises de s’assurer de l’absence de risques dans les produits qu’ils commercialisent).

Risques multifactoriels: les risques mentionnés ci-dessus ne tiennent pas compte des éventuels effets combinés avec des substances ou résidus potentiellement toxiques contenu-e-s dans les aliments concernés (phytosanitaires, nanomatériaux, OGM), de tels effets combinés n’ayant fait l’objet d’aucune évaluation de risques.

Des risques environnementaux

Nucléaire: l’irradiation des aliments utilisant des sources radioactives, l’usage de cette technologie implique les risques liés au transport et à la manipulation de matières nucléaires pour les personnes qui travaillent en contact avec les matières nucléaires et les riverains des installations et des voies de transport concernées. En particulier, il existe des risques d’accidents pour les employés lors de la manipulation des installations d’irradiation. On recense plusieurs cas d’employés irradiés dans les usines d’irradiation45.

En outre, l’utilisation de substances nucléaires pose la question des déchets nucléaires et de leur toxicité pour l’environnement. Il est aujourd’hui reconnu que les substances radioactives le restent pour des centaines d’années.

Conditions de production : étant donné que l’irradiation des aliments est utilisée par certains acteurs essentiellement comme une technique pour hygiéniser les aliments après de mauvaises conditions de collecte, de production et/ou de transformation, cette technique peut parfois être utilisée pour palier à ces mauvaises conditions d’hygiène lors de la production/transformation d’aliments destinés à la consommation humaine ou animale.

39 EN 1785:2003 Détection d'aliments ionisés contenant des lipides - Analyse par chromatographie en phase gazeuse/Spectrométrie de masse des 2-alkylcyclobutanones 40 Burnouf D., Delincée H., Hartwig A., Marchioni E. Miesch M., Raul F. et Werner D., « Etude toxicologique transfrontalière destinée à évaluer le risque encouru lors de la consommation d’aliments

gras ionisés », Rapport final, 2001 41 “Statement of the Scientific Committee on Food on a Report on 2-alcylcyclobutanones expressed on 3 July 2002”, Scientific Committee on Food, European Commission, health and Consumer Directorate General, SCF/CS/NF/IRR/26 ADD 3 Final, 3 July 2002 42 « Comment on a statement of the SCF on a report on 2-alkylcyclobutanone », Burnouf D., Delincée H., Hartwig A., Marchioni E. Miesch M., Raul F. et Werner D. (July 2002) 43 « L’irradiation des aliments. Deuxième partie : L’évaluation des bénéfices et des risques de l‘irradiation des aliments. » ; La Revue Prescrire Juillet-Août 2006, Tome 26, N°274 44 Afssa, Saisine 2007-SA-0081, Avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments relatif à l’emploi des matériaux et objets plastiques ionisés aux doses inférieures ou égales à 10 kGy et destinés au contact des denrées, produits et boissons destinées à l’alimentation :Recommandations 45 Liste d’accidents en usines d’irradiation industrielle, établi par l’IRSN, en ligne sur le site www.irsn.fr

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Impact général

Du fait que cette technologie favorise les échanges agroalimentaires de longue distance, elle peut encourager la spécialisation des productions, les monocultures, contribuant ainsi à l’érosion de la biodiversité. Pour les mêmes raisons, l’irradiation des aliments implique la possibilité accrue de transports de produits agroalimentaires autour de la planète, donc la consommation d’énergie et la production de gaz à effet de serre en conséquence et des pollutions diverses qui en retour portent également atteinte à la biodiversité.

A l’heure où les institutions internationales et nationales affichent leur souci d’apporter des solutions au risque climatique, il apparaît pour le moins paradoxal de promouvoir l’irradiation des aliments à grande échelle.

Risques socio-économiques et sociétaux

Délocalisations

Le développement de l’irradiation bénéficie et contribue au processus global de mondialisation du commerce agricole et à la délocalisation des productions. Cette technologie participe donc à la destruction des agricultures familiales et paysannes au profit d’une agriculture mondialisée, intensive et de plus en plus mécanisée. La machine remplace peu à peu la main d’œuvre paysanne qualifiée. Le nombre d’emplois est progressivement détruit.

Création d’emplois Contrairement à ce qu’affirment les promoteurs de l’irradiation, cette technologie est très peu productrice d’emplois. Les usines où se pratique l’irradiation des aliments nécessitent peu de main d’œuvre car il s’agit principalement de commander des machines.

Liberté de choix L’irradiation des aliments, parce que indétectable à l’œil nu et peu contrôlée, prive le consommateur de son pouvoir de choisir et renforce le citoyen dans son rôle de consommateur passif.

Terminologie

L’évolution des travaux de la commission mixte traitant de l’irradiation des aliments au sein des Nations Unies a conduit à adopter le terme « ionisation » pour l’étiquetage des produits traités. Or l’ionisation est en réalité le résultat de l’irradiation. Ce terme peut par ailleurs induire le consommateur en erreur, en suscitant une connotation positive en référence aux dispositifs d’ionisation de l’air par exemple, de plus en plus couramment utilisés. Il renforce donc l’asymétrie d’information entre consommateurs et industriels, pour autant que les produits soient marqués conformément à la réglementation.

Considérant l’ensemble de ces risques, nous appelons les représentants politiques des citoyens européens et nos institutions à faire face à leurs responsabilités vis-à-vis des générations présentes et futures et à traiter ce sujet dans toute sa complexité.

Organisations signataires :

Action Consommation – France Adéquations – France Agir Pour l’Environnement – France Les Amis de la Terre – France Alliance for Social and Ecological Consumer Organisations (ASECO) – Europe

Action Consommation – France Associazione Consumatori Utenti (ACU) – Italy Association for Food Safety and Consumer Protection (AFSCP) – Czech Republic Bulgarian National Consumers Association (BNCA) – Bulgaria Danmarks Aktive Forbrugere (DAF) – Denmark Die Verbraucher Initiative – Germany Hellenic Consumer Organisation (E.KAT.O) – Greece Goede-Waar & Co Vereniging van Consumenten – The Netherlands Lithuanian National Consumers Federation (LNCF) – Lithuania Movimento dei Consumatori – Italy MARTHA Förbundet – Finland Sveriges Konsumenter i Samverkan (SKIS) – Sweden

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The Food Commission – The United Kingdom

Vereniging voor Ecologische Leef – en Teeltwijze (VELT) – Belgium Association Léo Lagrange pour la Défense des Consommateurs – France Association pour la Terre - France Association pour l’Information sur la Dénaturation des Aliments et de la Santé (AIDAS) – France Associazione Consumatori Utenti (ACU) – Italy

ATTAC – France Biocoop – France Collectif ACECOMED – France Collectif français contre l’irradiation des aliments - France Collectifs Bure-Stop – France Confédération Paysanne – France CRiiRAD – France Ecoforum – France ECO RURALIS - Romania Ekwo – France Enfants de Tchernobyl Bélarus - France Fédération Nature et Progrès – France Food and Water Europe – Europe Intelligence Verte - France Mouvement d’action paysanne (MAP) – Belgium Mouvement international de la jeunesse agricole - MIJARC - Europe Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures (MDRGF) – France Nature et Progrès – Belgium ÖBV-Via Campesina – Austria OGM Dangers - France PLAGE - Austria RECit (Réseau des écoles de citoyens) – France Réseau Sortir du Nucléaire – France The Corner House – United Kingdom VIA CAMPESINA EUROPE - Europe

Contacts

Collectif français contre l’irradiation des aliments

c/o Action Consommation - 21, rue Alexandre Dumas - 75011 Paris - France T/F : +33 1 48 05 86 81 info@irradiation-aliments.org

Food & Water Europe

Rue d’Edimbourg 26 - Brussels, 1050 - Belgique T: +32 488 409 662 gzanzanaini@fweurope.org

Collectif français contre l’irradiation des aliments - www.irradiation-aliments.org 19 21, rue Alexandre Dumas 75011 Paris – Tél. : 01 48 05 86 81 Dossier « Aliments irradiés : aurons-nous demain le choix ? » - novembre 2010

 

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