L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Bio : Nous ne voulons pas de ce bio-là !

Publié par Philippe Baqué/Altéravia sur 26 Novembre 2010, 10:02am

Catégories : #Produits à risques - contestés - retirés

4875100924_b445781301.jpgIl faut consommer bio pour sauver la planète !

Certains habitants de la commune lot-et-garonnaise de Nérac étaient certainement partisans de cet adage très en vogue en ce début de troisième millénaire. Cela ne les a pourtant pas empêchés de s’opposer à l’installation à proximité de leur lotissement d’un élevage de poules pondeuses bio.

Le projet soutenu par la coopérative agricole Terres du Sud prévoyait l’installation d’un élevage de 9000 volailles. Bernard Péré, fondateur du groupement d’éleveurs de volailles bio Biogalline et membre du conseil économique et social de la région Aquitaine, réagit : « Les riverains de ce projet ont pris contact avec moi car j’ai manifesté publiquement mon opposition à l’installation d’un élevage conventionnel de 30 000 volailles dans une autre commune du Lot-et-Garonne. Il était aussi soutenu par Terre du Sud. Mais à Nérac, il s’agissait d’un élevage bio ! J’ai eu des hésitations… Finalement, j’ai défendu les riverains. Neuf mille poules, cela devient de l’industriel. Nous ne voulons pas de ce bio-là ! »

La nouvelle réglementation qui régit l’agriculture biologique en Europe et qui est entrée en vigueur le 1er janvier 2009 facilite le développement d’une bio intensive et industrielle.

Particulièrement présents lors des réunions de préparation des cahiers des charges des élevages de volailles bio,
les représentants des coopératives agricoles liées aux multinationales de l’agroalimentaire ont su négocier leurs exigences. Désormais, la surface totale des bâtiments des élevages de poulets de chair peut atteindre 1600 m2 et le nombre de volailles en bâtiment mobile est porté à 16 par mètre carré. Ces mesures permettent ainsi des élevages à l’année de 75 000 bêtes, élevées en trois séries et abattues à 81 jours. Pour les poules pondeuses, le nombre de volailles par bâtiment de 500 m2 ne peut pas dépasser 3 000 mais certaines coopératives agricoles conseillent à leurs éleveurs de juxtaposer les bâtiments, séparés par un simple grillage, pour faciliter la collecte industrielle des œufs. Les structures peuvent ainsi atteindre 6 000, 9 000 voire 12 000 poules. Et comme le nombre de bâtiments pour les pondeuses n’est pas limité, la course au productivisme le plus fou est lancée.

5199710074_d17dcb5aaf.jpgDepuis une dizaine d’années, les coopératives agricoles, chantres des pesticides et des OGM, se sont investies dans le bio pour répondre aux opportunités du marché. Ainsi, en 2000, Maïsadour, la puissante coopérative landaise, passait un contrat avec une chaîne de supermarchés anglais pour l’approvisionner en poulets bio. En quelques mois, grâce aux aides de l’état, la coopérative convertissait plus de soixante agriculteurs à l’élevage de volailles bio et pouvait livrer jusqu’à 800 000 poulets bio à l’année. Mais, quatre ans plus tard, le marché anglais s’effondrait et les éleveurs étaient alors encouragés à revenir à l’agriculture conventionnelle. Aujourd’hui, Maïsadour reconvertit à tour de bras les éleveurs au bio. Objectif : la grande distribution française et les cantines scolaires. Et la nouvelle réglementation européenne lui facilite la tache : un éleveur sous contrat avec la coopérative produit à lui seul 50 000 poulets bio. Label bio et agriculture intensive et intégrée, héritée du modèle conventionnel, font bon ménage.

Beaucoup d’agriculteurs qui se convertissent aujourd’hui à la bio préfèrent passer des contrats avec des coopératives agricoles qui leur promettent assistance et sécurité, plutôt que tenter seuls l’aventure. Dans le cas d’un élevage de poulets bio, la coopérative contrôle toute la chaîne de production : l’entreprise d’accouvage, les élevages, l’abattoir, l’usine d’aliments et le marché avec la grande distribution. Elle fournit clé en main tout le matériel et les bâtiments à l’éleveur, procure les crédits nécessaires (environ 200 000 € sur 20 ans). Elle livre les poussins et rachète toute la production (œufs ou volaille de chair) aux prix fixés par elle et qui lui garantissent des marges bénéficiaires conséquentes. Les éleveurs, devenus de simples sous-traitants soumis, se plient aux consignes des techniciens et doivent acheter la totalité des aliments à la coopérative. La nouvelle réglementation a supprimé le lien au sol qui obligeait les éleveurs à produire 40 % des aliments sur leurs terres. Ils peuvent désormais nourrir en totalité leurs volailles avec des produits industriels. Les fabriquant peuvent y incorporer 5 % d’ingrédients non bio et 50 % d’ingrédients importés. Pour le plus grand bénéfice des coopératives, car l’alimentation animale est aujourd’hui l’un des produits bio les plus rentables.

4748417316_8ec179ae56.jpgLe soja est l’un des principaux composants des aliments pour volailles mais sa production en France est en constante baisse car son prix demeure trop élevé pour les coopératives, qui préfèrent s’approvisionner sur le marché international. La Chine fut un temps une source de soja bio prisée mais le scandale de la mélamine, substance
très toxique, retrouvée dans du soja importé par la coopérative Terrena, perturba le marché. Depuis, les coopératives sont très discrètes quant à leur approvisionnement en soja bio. Certaines achètent du soja cultivé sur d’immenses fazendas « bio » de plusieurs milliers d’hectares au Brésil, dans l’État du Mato Grosso, sinistré par la destruction de la
forêt amazonienne. D’autres trouvent leur bonheur sur le marché italien, qui servirait de plateforme à du soja en provenance des pays de l’Est.

5072214132_c1139a1ed9.jpgDans ces pays, de grandes sociétés européennes achètent à bas prix les terres des petits paysans pour les convertir en immenses exploitations destinées à des monocultures de céréales ou de soja bio. Grâce à la nouvelle réglementation, ce soja importé de pays où sont légalisés les cultures OGM peut désormais contenir jusqu’à 0,9 % de traces de transgéniques. Conséquence de ce développement des élevages intensifs de poulets bio : la multiplication des risques sanitaires.

La nouvelle réglementation interdit les traitements préventifs allopathiques mais permet l’utilisation exceptionnelle des antibiotiques (une fois par an pour les poulets de chair et trois fois pour les poules pondeuses). Les volailles seront provisoirement déclassées mais leur chair ou leurs œufs pourront au final être vendus avec le label bio. Tous les oussins livrés sont vaccinés et, en fonction des décisions vétérinaires, les volailles peuvent subir sans limitation d’autres vaccins au cours de leur vie. Et, pour que les poulets stressés ne se blessent pas, l’épointage du bec est autorisé, à condition d’être pratiqué avant l’âge de dix jours. L’ébecquage total et la pose de lunettes demeurent pour l’instant encore interdits !

Les importants intérêts financiers en jeu dans le secteur de l’élevage intensif de volailles bio amènent les groupes coopératifs à se recomposer pour être en position de force dans la concurrence qu’ils se livrent. Ainsi Maïsadour et Terrena viennent de regrouper leurs forces au sein d’une nouvelle entité baptisée Fermiers du Sud-Ouest, qui abattra à l’année 29 millions de têtes de volaille, dont une partie en bio. Terrena avait auparavant acheté, à la fin des années 90, le leader français du poulet bio : l’entreprise Bodin. Les coopératives s’approprient peu à peu les abattoirs indépendants et les groupements de producteurs. L’Union française d’agriculture biologique, l’une des entreprises historique de la bio, appartient désormais à la coopérative Le Gouessant ; Euralis a pris le contrôle d’Agribio Union… Les multinationales de l’agrochimie sont directement ou indirectement engagées dans cette guerre commerciale. Syngenta – filiale de Novartis (un temps propriétaire de la marque Soy, référence de la bio) – est actionnaire à 40 % du groupe Maïsadour Semences, présent dans une trentaine de pays et dont l’une des activités phare est le développement de semences transgéniques. Cette alliance explique sans doute l’acharnement de Maïsadour à vouloir légaliser en France la culture des OGM et étaie les rêves de certains de ses techniciens : voir, dans un avenir proche, se multiplier des élevages intensifs bio dans un océan de maïs OGM.

La création de ces nouveaux empires financiers dans la bio se traduit par leur influence croissante. Les chambres d’agriculture, de plus en plus appelées à encadrer la bio, sont déjà sous leur influence. Les organismes professionnels ne devraient pas tarder à passer eux aussi sous contrôle. Arbio, le plus important d’Aquitaine, est dirigé par des responsables de Terre du Sud et de Maïsadour. Quant à l’Institut national des appellations contrôlées (Inao), qui est chargé en France d’appliquer la réglementation européenne, il est dirigé par Michel Prugue… président de Maïsadour. groupe agro-alimentaire coopératif.

Source : Article de Philippe Baqué – publié par Alterravia

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