L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Scandales sanitaires sans fin : Vioxx Roaccutane Staltor Cholstat Tamoxifène Distilbène etc

Publié par Sylvie Simon sur 20 Novembre 2010, 11:53am

Catégories : #Produits à risques - contestés - retirés

 hippocrates.jpg« Aujourd'hui, avec un dossier comme celui de 1961, la thalidomide ne passerait sans doute même pas la phase I du processus de demande d'autorisation de mise sur le marché », a déclaré le Dr Anne Castot, de l’Afssaps ». Ignore-t-elle les scandales récents qui concernent des médicaments qui ont été retirés de la vente après avoir généré de graves effets secondaires et de nombreux décès ? Tous, pourtant, avaient obtenu leur AMM (Autorisation de mise sur le marché), tous les services de santé avaient donné leur garantie qu’ils étaient efficaces et sans danger, mais ils ont tué et personne n’a jamais été considéré comme responsable de ces décès.
5118264689_d04bb586d0.jpgBien après le scandale de la thalidomide, le diéthystilbœstrol, commercialisé et prescrit à grande échelle sous le nom de Distilbène®, fut employé pour éviter les avortements spontanés. La FDA en interdit l’usage dès 1971, car il pouvait provoquer des cancers de l’utérus chez la mère et des malformations de l’appareil génital de l’enfant, mais en France, on continua à l’administrer pendant six ans supplémentaires, connaissant tous les risques encourus par son utilisation. Et c’est seulement en 1988 qu’on s’est avisé chez nous de faire une étude sur les effets à retardement du Distilbène® pour découvrir ce que les Américains avaient prouvé dix-sept ans plus tôt ! 
Mais on ne pouvait revenir en arrière, le mal était fait, et en 1992, on apprenait qu’environ 80 000 jeunes Françaises risquaient d’avoir des grossesses difficiles, des malformations de l’utérus, du col utérin ou des trompes, parce que leurs mères avaient pris, vingt ans plus tôt, cet œstrogène de synthèse sur les conseils de leurs médecins, avec la garantie des fabricants. Les problèmes génitaux ainsi que les problèmes de stérilité posés par ces enfants devenus adultes représentent actuellement un authentique problème de santé publique, dont on parle bien peu, et pour cause.

Toutefois, ces problème ne sont pas les seuls car, le 9 mai 2006, le journal Le Parisien signalait que « selon un rapport édifiant, le Distilbène® serait aussi à l’origine d’une véritable série de suicides ». En 2006, la justice a demandé une expertise scientifique, car « aucune recherche approfondie n’avait été lancée sur ce sujet ». On peut ainsi voir combien les effets secondaires des médicaments sont décelés avec de gros retards, et que la liste initiale de ces effets est rarement exhaustive et peut être remise en cause à tout moment, même des dizaines d’années plus tard. Certaines victimes ont été dédommagées, mais bien peu encore.

Il a fallu plus de 1 000 morts et environ 30 000 handicapés, aveugles ou paralysés, pour attirer l’attention sur la nocivité du clioquinol, responsable d’une grave maladie du système nerveux dénommée SMON (neuropathie myélo-optique subaiguë), qui causa les mêmes dégâts en France, au Danemark, en Suède, aux Pays-Bas, en Allemagne fédérale, au Royaume-Uni, en Italie et au Japon.
Depuis les années soixante-dix, le tamoxifène est utilisé comme adjuvant pour prévenir et soigner les tumeurs mammaires, malgré les risques énormes dérivant de ses effets secondaires. Et, vingt ans plus tard, il a été choisi à l’échelle mondiale pour un programme de recherche sur les tumeurs mammaires. Dans de nombreux pays, on a alors sélectionné des femmes en bonne santé mais considérées comme sujets à « hauts risques » du fait de leurs antécédents familiaux. Pendant cinq années consécutives, ces femmes, toutes volontaires, devaient avaler un comprimé de tamoxifène par jour pour démontrer que ce médicament  « prévenait » le cancer du sein.
Le 8 décembre 1995, le journal Science a révélé qu’après quatre années d’absorption de tamoxifène, un nombre majeur de tumeurs du sein a été constaté chez ces cobayes volontaires en comparaison avec un groupe témoin de femmes également définies comme à « hauts risques » mais qui avalaient seulement des placebos.
traverse-.jpgAu mois de février 1996, un groupe de dix-sept chercheurs réunis sous l’égide de l’OMS publiait des conclusions alarmantes sur le tamoxifène qui multiplierait de deux à sept fois la fréquence du cancer de l’endomètre, muqueuse qui tapisse l’utérus. Quant au Panorama du médecin du 4 mars 1996, il signale que le tamoxifène favoriserait le cancer du sein, c’est-à-dire le type de tumeur dans lequel on le conseille à la fois en traitement et en prévention. Il est non seulement encore sur le marché, mais remboursé à 100 %.
Quant au tamoxifène®, toujours prescrit dans les infections dues aux germes sensibles, d’après le Sunday Times du 27 février 1994, il serait responsable de plusieurs centaines de morts, mais en France l’information a été ignorée par la plupart des médecins qui continuent à recommander le produit seize ans plus tard.
De même le Roaccutane®, prescrit dans les cas d’acné résistant aux médicaments classiques, n’a pas été retiré du marché alors que les spécialistes savent qu’il est hautement tératogène. Le Dr Godfrey Oakly, ancien directeur du CDC d’Atlanta, a déclaré, il y a plusieurs années : « Ce produit a les mêmes conséquences que la Thalidomide ». Mais les malformations provoquées par le Roaccutane® sont encore plus graves et sa prise est déconseillée aux femmes en âge d’enfanter. En outre, il génère de graves troubles psychologiques. Le laboratoire La Roche a nié tout lien de cause à effet dans quatre-vingts cas de suicides parmi les patients soignés avec ce médicament, mais il a accepté d’inscrire le risque de dépression sur la notice du produit vendu aux États-Unis, et uniquement sur celle-là.

En France, le Vidal signale quelques effets secondaires bénins (irritations cutanées) et le déconseille seulement pendant le premier trimestre de la grossesse et de l’allaitement. Cependant, la notice d’emploi signale que ce produit nécessite un suivi médical et des examens biologiques réguliers. On peut se demander pourquoi puisque les effets secondaires sont « bénins ». En outre, détail comique, cette notice précise que « le risque de surdosage est quasi inexistant avec Roaccutane® ». Aussi, on ne peut être que surpris lorsqu’on lit que « si les doses prises sont supérieures à celles prescrites, il faut contacter immédiatement le centre antipoison le plus proche ».

Heureusement, ce poison est délivré seulement sur ordonnance, ce qui limite sa consommation.

3338354404_8f6035e7a7.jpgEn 2001, le Staltor® et le Cholstat®, deux  médicaments anti-cholestérol de la famille des Cérivastatines, ont été brusquement retirés du marché. On avance le chiffre de 52 décès causés par ces médicaments et de 1100 personnes présentant de graves atteintes musculaires. On peut s'interroger sur les raisons exactes du retard dans la décision de retrait du marché de ces produits car, plusieurs mois auparavant, les autorités scientifiques et sanitaires de différents pays, la FDA, l'Afssaps, et l’EMEA, Agence Européenne des Médicaments, étaient informées des complications graves survenues après la prise de ces deux médicaments.

Je ne parlerai pas longuement du scandale du Vioxx®, qui a été choisi en 2003 comme « médicament de l’année » par plus de 6 000 généralistes dans le cadre du Medec, mais il est bon de le rappeler car nos pouvoirs public semblent l’avoir déjà oublié. Ce médicament considéré comme le médicament le plus « performant » de l’année sur le plan de la santé était tellement performant que moins d’un an plus tard, tandis qu’il était utilisé par environ deux millions de patients dans le monde, il était retiré du marché, car on estimait alors qu’il était responsable d’environ 28 000 attaques cardiaques et décès depuis sa mise en vente en 1999. Un mois plus tard, certains chercheurs estimaient qu’il avait causé le décès de 55 000 personnes. À cette époque, j’ai appris que plusieurs médecins français n’étaient pas avertis de ces décès et estimaient qu’en France, il y avait eu au maximum deux ou trois accidents, ce qui ne motivait pas ce retrait. Évidemment !

Mais l’hécatombe ne s’arrêta pas à ces chiffres car, en janvier 2005, à la suite d’une recherche menée sur la Kaiser Permanente, organisme d’assurance-maladie californien, le Dr David Graham, épidémiologiste à la FDA, a révélé dans le Lancet que le nombre d’accidents cardiaques, attaques ou décès, pourrait s’élever à près de 140 000, rien que dans son pays. Les décès concerneraient 30 à 40 % d’entre eux.
Étant donné que 84 millions de personnes, dont 20 millions d’Américains, en ont consommé depuis sa mise sur le marché en 1999, on peut mesurer les risques potentiels liés à cette consommation massive, mais il est très difficile de faire le décompte exact des accidents et la seule certitude est qu’il ne peut qu’augmenter.

Tout cela pourrait être imputé à des erreurs involontaires, donc pardonnables, si on n’avait pas appris que le laboratoire avait donné à ses visiteurs médicaux des renseignements mensongers. Les résultats d’un procès qui a eu lieu en 2000 ont bien prouvé la collusion de Merck et de la FDA qui connaissaient l’existence des attaques cardiaques, mais la FDA n’a rien fait pour changer la notice du médicament pendant plus de deux ans, alors que Merck poursuivait la publicité pour son produit le soir à la télévision.

En France, à l’époque, l'Afssaps a déclaré que « le risque de complication cardiovasculaire reste cependant faible et n'apparaît qu'à long terme. » Nous constatons ainsi que le décès de dizaines de milliers de personnes est considéré comme « un risque relativement peu élevé ».

Ainsi, chez nous, les accidents sont rares et le Vioxx® a perdu sa toxicité en passant les frontières. Nous sommes habitués à ce genre de protection depuis le désastre de Tchernobyl. Jusqu’à combien de morts le risque reste-t-il « faible » ? En outre, en ce qui concerne le long terme, l'Agence s’est voulu rassurante, mais elle n’ignore pas que ce type de médicament est souvent prescrit dans des pathologies chroniques qui peuvent durer plusieurs années.

David_Grahame.jpgPour démontrer cette importance, le Dr David Graham, médecin épidémiologiste employé par le Bureau de sécurité des médicaments de la FDA, a comparé le nombre d’accidents qui égale en nombre les dégâts occasionnés par neuf cents avions qui s’écraseraient au rythme de près de quatre par semaine et cela pendant cinq ans. Il est évident que dans ce cas les journaux n’auraient parlé que de ces accidents, alors que la situation sanitaire a été occultée pendant un laps de temps à peu près identique.

On conçoit pour quelle raison l’information n’a pas été diffusée plus tôt lorsqu’on apprend que, pour l’année 2003, le Vioxx® a généré à lui seul un chiffre d'affaires de 2,55 milliards de dollars, soit 11 % du chiffre d’affaires de Merck, son fabricant.

Or, malgré ses mensonges et manipulations, le laboratoire Merck est toujours considéré comme un partenaire fiable par les instances de santé mondiales qui, non seulement lui achètent le Gardasil® — n’oublions pas que si le Gardasil® est commercialisé par Sanofi Pasteur MSD, il est fabriqué par Merck —, mais se fient à ses déclarations d’efficacité et d’innocuité pour vacciner en masse les petites filles de 12 à 14 ans. Pour toute personne « normale » un menteur invétéré restera toujours un menteur, mais les pouvoirs de santé sont très loin de fonctionner « normalement ».

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