L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Hormone de croissance : Le Procès

Publié par Sylvie SIMON sur 2 Décembre 2010, 12:13pm

Catégories : #Spécial Mère-Enfant : Vaccins- Maladies-Troubles

8257030-Parmi les multiples scandales sanitaires qui surgissent de toute part et qui ne sont que la partie apparente de l’iceberg, on ne peut ignorer celui de l’hormone de croissance extraite de l’hypophyse de cadavres humains et administrée jusqu’en 1985 à 1 698 enfants, alors que l’on connaissait ses risques mortels. Évidemment, la plupart d’entre nous, excepté les familles des victimes, ont oublié les faits qui ont abouti, en octobre 2010, au dernier épisode de procès scandaleux.

Quelque 1 698 enfants ont ainsi été traités, et 120 sont décédés depuis cette époque, après avoir développé une grave dégénérescence du système nerveux — les autres restant sous la menace de cette maladie incurable — pour la seule raison que s’il avait fallu détruire les lots contaminés la perte financière aurait été catastrophique.

Que faisaient alors nos « dirigeants » et « responsables » de la santé ? Ils menaçaient de retirer leur enfant aux parents qui refusaient de le faire « soigner », alors que la plupart n’étaient pas du tout atteints de nanisme mais seulement d’un « léger déficit hypophysaire ».

Tout le long des événements, une incroyable irresponsabilité a régné à tous les niveaux de production du médicament.

Au cours des années 1960, fut découvert aux états-Unis un traitement pour les enfants dont la glande hypophyse ne secrétait pas d'hormone de croissance et en 1972, le Pr Royer, pédiatre, créait à Paris une structure de soins qui sélectionnait les enfants, collectait les hypophyses dans les morgues hospitalières, les traitait, en extrayait l'hormone, puis la distribuait dans les hôpitaux sous la responsabilité de la PCH (Pharmacie centrale des Hôpitaux), le traitement étant remboursé par la Sécurité sociale, sans autorisation de mise sur le marché.

En 1973, l'association France Hypophyse, association de la loi de 1901, à qui l'état avait confié le monopole de la collecte et la distribution de l'hormone de croissance, réunit dans son conseil d'administration pédiatres, pharmaciens, scientifiques, responsables administratifs du ministère de la Santé et de la Caisse nationale d'Assurance-maladie.

Tandis que France Hypophyse collectait les hypophyses, occupée par le seul rendement, l'Institut Pasteur extrayait l'hormone sans effectuer la stérilisation nécessaire, et tout cela sans aucun contrôle des autorités de santé. Or, dès 1980, le professeur Luc Montagnier avait alerté ce laboratoire sur les risques de contamination infectieuse liés à l'utilisation de l'hormone d'origine humaine et avait prévenu qu’on ne doit jamais collecter une hypophyse provenant du cerveau d’un malade mort d’encéphalite aigüe, de tumeur ou de maladie chronique du système nerveux.

7830063-.jpgQui plus est, en 1983, une enquête de l’IGAS (Inspection générale des affaires sociales) avait critiqué la collecte des hypophyses humaines dans les hôpitaux. Les enquêteurs avaient signalé que les médecins collecteurs court-circuitaient le chef de service de la morgue en prenant directement contact avec les garçons d’amphithéâtre, rémunérés 30 francs par hypophyse. Ainsi, on récolta 681 hypophyses sur 681 malades décédés à l’hôpital pour personnes âgées Charles-Foix, à Ivry, dont 30 % d’entre eux souffraient de démence sénile.

Et, en novembre 1984, les résultats de l’autopsie d’un jeune homme de 21 ans qui avait suivi un traitement à l’hormone de croissance extractive entre 1960 et 1975 prouvaient le lien entre la maladie de Creutzfeldt-Jacob, cause du décès du jeune homme, et l’administration de l’hormone de croissance.

Mais cet événement n’arrêta pas la production et la distribution de l’hormone extractive, pas plus que l’annonce, au cours d’un congrès de pédiatrie en Floride à la mi-avril 1985, que trois jeunes américains étaient atteints de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, après un traitement par hormone de croissance.  

Depuis le début de 1985, des firmes pharmaceutiques proposaient une hormone synthétique sans risque de prion. Les pays anglo-saxons interdirent alors la méthode extractive, mais pas la France, ni du reste l’Autriche, l’Italie et l’Espagne.

Enfin, le 7 mai 1985, suivant une bonne habitude française qui perdure contre vents et marées, Jacques Dangoumau, directeur de la pharmacie et du médicament au ministère de la Santé, adressait une lettre de félicitations à France Hypophyse : « La qualité du système mis au point par la France, la nature des produits utilisés et les garanties offertes par leur contrôle, la gravité du handicap traité, justifient de ne pas interrompre le très remarquable travail  réalisé par l’association France Hypophyse en liaison  avec la pharmacie centrale et la commission nationale de l’hormone de croissance ». Encore et toujours des satisfécits de nos responsables sur la sécurité de notre système de santé, le « meilleur du monde ».

 Or, dans le premier procès qui a eu lieu en 2008, plus de 20 ans après ce scandale, la défense s’est contentée d’évoquer le manque de connaissance des médecins, biologistes et pharmaciens de la dangerosité de ce médicament et du risque de contamination par la maladie de Creutzfeldt-Jacob. « Ils ne pouvaient pas savoir » fut l’argument majeur de la défense.

Il a fallu attendre le 17 juin 1985, pour que la direction de la pharmacie et du médicament interdise l'usage de lots potentiellement contaminés par l'agent infectieux de la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Cependant, 20 000 ampoules de traitement contaminés ont été prescrites à de nombreux enfants jusqu'en février 1986.

billet-papier.jpgCela se comprend plus aisément lorsqu’on sait que les profits engendrés par l'hormone de croissance se montaient à 4 millions de francs (609 000 €) pour la Pharmacie centrale des hôpitaux, et à 2,5 millions de francs de commissions sur les ventes de sous-produits d'hormones pour l'Institut Pasteur. Pour sa part, le Pr Fernand Dray, chef de l'unité de production de l'hormone de croissance à l'Institut Pasteur, a encaissé plus de 328 000 francs (50 000 €) de commissions sur les ventes. (cf. Catherine Sokolsky : « Hormones de croissance: le procès tarde », dans Que choisir, nº 391, mars 2002, p. 34.)

Lorsqu’en juillet 1992, le ministre de la Santé Bernard Kouchner a commandé une enquête à l'Igas, l’agence a confirmé une absence totale de contrôle. Alors qu’en 1985, Cerceau avait affirmé aux inspecteurs de l'Igas que l'hormone de croissance à risque, déjà conditionnée, avait été détruite en juillet et qu'un « bordereau de destruction de juillet 1985 attestait de ce fait », les inspecteurs de l'Igas témoignaient qu'ils « n'avaient pas pu avoir communication de ce document » et leur rapport ajoutait que la PCH n'avait pas rappelé, à partir de juin 1985, les lots non traités selon les nouvelles normes, ni dans les pharmacies hospitalières ni chez les parents des enfants ainsi soignés, alors que la firme pharmaceutique suédoise Kabi avait retiré du marché les lots qu'elle avait fabriqués auparavant.

4554376626_a17d936316.jpgIl a fallu attendre 1993, pour que Simone Veil, alors ministre des affaires sociales, de la santé et de la ville, reconnaisse que l'État était impliqué. On proposa des indemnisations aux familles des victimes à condition qu’elles renoncent « à toute poursuite à l'encontre de l'État, des personnes et des institutions dont la responsabilité avait été évoquée » (cf. Le Monde 31 octobre-1er novembre 1993). Cette méthode qui permet d’occulter des scandales a fait ses preuves et continue à être appliquée à travers le monde.

En juillet 1993, la juge Bertella-Geoffroy mit en examen pour homicide involontaire le Pr Fernand Dray et le Pr Jean-Claude Job, pédiatre et président de la Fondation France Hypophyse, puis quelques mois plus tard Jacques Dangoumau, et le Dr Élisabeth Mugnier, responsable de la collecte des hypophyses dans les morgues des hôpitaux.

à la mi-janvier 1997, Henri Cerceau, ex-directeur de la Pharmacie centrale des Hôpitaux, et Marc Molet, pharmacien responsable de la distribution des lots en 1985, furent mis en examen pour empoisonnement et pour avoir écoulé sciemment des stocks dangereux et dissimulé les preuves de ce délit.

Tout au long de leur longue enquête, les inspecteurs ont été confrontés à des pratiques mafieuses : pièces déplacées, disparitions de documents dont certains, reconstituant la filière du trafic, représentaient des années de travail. C’est ainsi que les policiers ont découvert des tonnes de documents entreposés dans un local situé au sous-sol de la Pharmacie centrale des hôpitaux dont l’existence leur avait été cachée. En 1998, un rapport de police fait état de la disparition volontaire de pièces scientifiques capitales et de négligences organisées afin d'empêcher l'enquête de progresser.
Ces « détails » sont recensés dans un rapport remis au parquet de Paris par le commissaire Bernard en mars 1998. Une information judiciaire pour « soustraction de preuves » a été ouverte durant l’été 1998 et confiée au juge Roger Le Loire, mais le 21 août le parquet a décidé de classer l’affaire. Fort heureusement pour la justice, le 8 septembre, malgré l’opposition du procureur de la République, le juge Le Loire a estimé la plainte d’une famille de victime parfaitement recevable et a décidé d’ouvrir une information judiciaire.

Fernand Dray arrive à la 1re chambre de la cour d'appel de Paris, le 4 octobre 2010.

Photo AFP - Jacques Demarthon

En 1999, le Pr Fernand Dray, qui dirigeait l'unité de production de l'hormone de croissance à l'Institut Pasteur, était mis en examen pour « abus de confiance, corruption passive et recel, complicité d'exercice illégal de la pharmacie ».

Au terme d’un long dossier sur la question dans la revue Que Choisir d’avril 1999, Catherine Sokolsky, rédactrice en chef adjointe du magazine édité par l'Union fédérale des consommateurs, constatait que les raisons financières, très importantes pourtant, ne suffisent pas à tout expliquer. « La démission de l’État, la timidité des fonctionnaires devant des spécialistes réputés disposant d’appui en haut lieu sont révélatrices d’un certain pouvoir médical à la française dont on a peut-être annoncé le déclin un peu trop tôt. En outre, il serait dangereux de penser que tout a changé depuis 1985 et l’on pourrait, presque sans ironie, conclure en disant que la santé est une affaire trop grave pour la laisser aux seuls médecins. »

sang.jpgEnfin, après de longs et honteux retards, le 14 janvier 2009, les familles des disparus espéraient voir enfin triompher la Justice et punir très sévèrement des coupables qui, depuis l’abominable non-lieu du sang contaminé, devaient conserver l’espoir de s’en tirer à très bon compte. Bien qu’avertie de l’inégalité de chacun devant la Justice et sachant que dans notre pays des droits de l’homme certains coupables ne sont ni responsables, ni punissables, la majorité des Français a été horrifiée d’apprendre la relaxe générale des sept accusés, 18 ans après ce scandale. Cette première instance qui n’a retenu ni l'infraction de tromperie, ni celle d'homicide ou blessures involontaires a scandalisé la France entière mais n'a pas découragé les familles révoltées, ni l’AVHC (Association des victimes de l'hormone de croissance).

Le Tribunal a considéré qu'il n'y avait à l'époque aucune preuve du caractère mortifère des hormones, alors qu’en 1985 tous les signaux d’alarme étaient au rouge, et que le directeur de la Pharmacie centrale des hôpitaux affirmait que dès juin 1985, la Pharmacie centrale des hôpitaux ne livrait plus qu’une hormone retraitée, donc inoffensive, elle a continué  d’écouler les stocks qu’elle savait suspects jusqu’en 1988. Comment pourrait-on croire qu’il ignorait tous ces détails ?

015.gifCependant, les juges de première instance avaient estimé que le traitement étant distribué par le biais de pharmacies et médecins hospitaliers, le lien contractuel n'existait pas, et le délit de « tromperie aggravée » ne pouvait être retenu contre les prévenus. En janvier 2009, ils avaient donc relaxé de ce chef les médecins poursuivis, tout comme ils les avaient relaxés, pour d'autres motifs, du délit d'homicide et blessures involontaires. Les avocats Bernard Fau et Frédéric Bibal avaient jugé cette décision « inadmissible » et avaient protesté à juste titre : « Cela veut dire que quand vous êtes soignés à l'hôpital, on peut vous tromper, ce n'est pas un délit ! » Nombre de malades ont constaté la justesse de cette déclaration.

Le parquet avait aussitôt fait appel du jugement concernant trois d'entre eux : Fernand Dray, Elisabeth Mugnier et Marc Mollet, ancien responsable du conditionnement du médicament à la Pharmacie centrale des Hôpitaux. Depuis le jugement Marc Mollet est décédé, ainsi que le Pr Jean-Claude Job.

À cette époque, il y avait 115 victimes, il y en a à présent 120, mais l'incubation de la maladie pouvant dépasser 30 ans, ce nombre pourrait encore augmenter.

Le procès se poursuit donc cette semaine, mais ils ne sont plus que deux à encourir une sanction pénale en appel.  Fernand Dray à présent âgé de 88 ans, et le Dr Elisabeth Mugnier, 61 ans, à la retraite. Tous deux persistent à affirmer leur innocence mais ils devront de nouveau s'expliquer sur les très graves négligences que leur reproche l'accusation.

Trois autres personnes seront également rejugées, mais uniquement sur les intérêts civils. Elles n'ont donc à craindre que d'éventuels dommages et intérêts.

« J'ai le sentiment qu'on va faire un procès à des fantômes », a déclaré Me Bernard Fau, l'un des avocats des parties civiles.

L'avocat général Bruno Sturlese a réclamé la condamnation du biochimiste Fernand Dray à trois ans de prison avec sursis pour « homicide involontaire » et « tromperie aggravée » et six à douze mois de prison avec sursis à l'encontre d’Élisabeth Mugnier pour « homicide involontaire », mais a requis sa relaxe du chef de « complicité de tromperie aggravée », pour lequel elle était poursuivie. Et comme il l’a fait remarquer : « Cette catastrophe sanitaire ne peut simplement se comprendre par le hasard, la malchance ou l’ignorance. C’est le procès d’un aveuglement, d’un orgueil, d’un amateurisme dramatiquement coupable. […] Une fois de plus, en France, on souffre de cette singularité de toujours vouloir faire franco-français. »

Nora-BerraCe constat tombe à pic au moment du scandale du Mediator, alors que Nora Berra, secrétaire d'état à la Santé, remet en cause des études de la CNAM et de l'Afssaps sur la toxicité de ce médicament.

Le scandale de l’hormone de croissance est parfaitement comparable à celui du sang contaminé. Alors que Michel Garetta niait avoir vendu des produits « douteux » aux hémophiles, Henri Cerceau, directeur de la Pharmacie centrale des hôpitaux, affirmait que dès juin 1985 la Pharmacie ne livrait qu’une hormone retraitée, donc inoffensive, pour soigner les enfants atteints de nanisme. Comme l’enquête l’a prouvé, ces affirmations étaient aussi mensongères que celles de Garetta.
Mais les laboratoires ont une imagination sans limites pour trouver une infinité d’emplois aux médicaments. L'hormone de croissance a commencé une autre carrière auprès des cancéreux. En effet, en août 2003, un laboratoire suisse qui a commercialisé l'hormone de croissance a convié à Genève une vingtaine de grands noms de la cancérologie, dans le dessein de les convaincre de prescrire l’hormone aux cancéreux en phase terminale, afin de rétablir leur équilibre nutritionnel. Après ces deux jours de congrès dans l'un des plus grands hôtels de la ville, les participants ont reçu par la poste une lettre de remerciement, accompagnée d'un chèque.
Nous espérions depuis longtemps que les pouvoirs publics qui ont été les complices, conscients ou non, d’industriels criminels changeraient leur politique de l’autruche et se renseigneraient enfin auprès de véritables experts au service de la vérité et non de l’argent. Nous sommes obligés de constater à présent qu’il n’en est rien et que ces scandales ne leur ont pas servi de leçons.
D’autre part, pourquoi changeraient-ils d’attitude, étant donné qu’ils n’encourent eux-mêmes aucune sanction, qu’ils persistent à crier impunément sur les toits qu’ils sont les meilleurs pour nous protéger et que certains le croient encore ? L’Afssaps, qui devrait servir de garde-fou, est en très grande partie infiltrée par des représentants des laboratoires et ne retire l’AMM que lorsqu’elle ne peut faire autrement, la plupart du temps des années après leur retrait à l’étranger. Les fautes graves, aussi bien financières que scientifiques commises par notre dernier ministre de la Santé n’ont pas été sanctionnées, mais ont bien montré que les pouvoirs sanitaires sont au service des lobbies pharmaceutiques et tant que l’argent les protègera, nous ne pourrons compter sur eux pour protéger notre santé.

Espérons que ce dernier procès de l’hormone de croissance contribuera à ouvrir les yeux des citoyens qui font encore confiance à notre système de santé et fera reconnaître l’immense responsabilité de ceux qui occupent des postes importants dans ce domaine. S’ils ne sont pas complices de criminels mais seulement incompétents, il faut leur retirer d’urgence leur pouvoir sur la santé publique.

 

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