L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Le gaz de schiste et la révolte citoyenne

Publié par Sylvie Simon sur 16 Mai 2011, 10:09am

Catégories : #Gaz et Pétrole de Schiste

5493912106_808f693220.jpgLe 11 mai 2011, les députés ont adopté, en première lecture et par 287 voix contre 186, la proposition de loi sur les gaz de schiste, déposée par le député UMP Christian Jacob.

Alors que notre Premier ministre avait annoncé l'abrogation des permis octroyés, cette loi se contente d'interdire la méthode de « fracturation hydraulique » consistant à injecter d'énormes quantités d'eau et de produits chimiques pour casser la roche et extraire le gaz à plus de deux kilomètres sous terre sans que l'on sache par quelle autre méthode la fracturation pourrait être opérée. La porte est ainsi ouverte à tous les abus.

L’article premier interdit la fracturation hydraulique, que ce soit pour des permis d’exploration ou d’exploitation.

L’article 2, relatif aux permis déjà octroyés, a été âprement discuté et, seuls les permis utilisant la fracturation hydraulique seront abrogés.

Les écologistes ont dénoncé la modification de l’article 2 qui, initialement, prévoyait une abrogation pure et simple, alors que désormais les titulaires des permis auront deux mois pour déclarer la technique utilisée. C’est seulement s’ils recourent à la fracturation hydraulique ou s’ils ne répondent pas que les permis seront abrogés. Il est certain que les pétroliers se trouvent dans une impasse car Nathalie Kosciusko-Morizet, notre  ministre de l’écologie, a insisté sur le fait que, « comme il n’existe aucune autre technique que celle de la fracturation hydraulique pour exploiter les gaz de schiste, l’exploration et l’exploitation ne pourront être autorisées ». Elle a précisé que c’était « la manière la plus sûre juridiquement afin d’éviter de prêter le flanc à des demandes de compensations financières de la part des industriels. Des compensations qui n’ont pas lieu d’être ». Nous en prenons bonne note, en espérant qu’elle ne changera pas de discours, comme l’a déjà fait Jean-Louis Borloo, qui est heureusement revenu sur les autorisations délivrées alors qu’il était ministre. « C’est une énorme erreur que nous avons laissé prospérer ». L’ancien ministre a donc souligné « le continuum qui existe entre la recherche et l’exploitation », ce que ses services n’avaient pas perçu à l’époque, car les permis de recherche ouvrent la porte aux permis d’exploitation. Étant donné son mea culpa, on peut lui pardonner son erreur qui est humaine, à la condition qu’il ne récidive pas et qu’il surveille de plus près ses « services », qu’il rend responsable de sa magistrale erreur.

5702040217_088a58b5d0.jpgL’article 3 concerne cette recherche avec la remise d’un rapport annuel sur l’évolution des techniques et des technologies. C’est sur cette « évolution » que compte l'Union française des industries pétrolières (Ufip) qui a réagi et « regrette vivement l'interdiction de l'usage de la fracturation hydraulique pour l'exploitation des gaz de schiste ». Qualifiant la fracturation hydraulique de « technique employée de longue date maîtrisée par les opérateurs », l'Ufip espère que « le rapport annuel remis par le gouvernement au Parlement mettra en évidence les nouveaux progrès accomplis et qu'ainsi pourront être autorisés les travaux utilisant cette technique ». Pour le moment, il est certain qu’aucun « progrès » n’est en vue car on connaît les déboires que subissent les pays qui pratiquent la « technique maîtrisée par les opérateurs ».

L’examen au Sénat du texte de loi aura lieu le 1er juin.

Les écologistes et les Comités citoyens s’opposent à toute exploitation et se montrent très sceptiques sur la dernière mouture du texte, car la version initiale envisageait l'abrogation pure et simple de l’exploration. C’est aussi la raison de des 186 voix de l'opposition qui ont voté contre ce projet de loi, jugeant que ce texte ne ferme pas la porte à l'exploitation et à l'exploration de ces hydrocarbures par d'autres techniques. 

Certains citoyens, pas toujours bien informés et ignorant ce qui se passe en coulisses, sont satisfaits de ces promesses, mais la réalité est un peu différente de ce que nous ont rapporté la plupart des médias. En effet, comme de coutume, sentant souffler un vent qui dérange leur torpeur usuelle, les politiques se sont emparés de l’affaire, d’autant qu’ils sont déjà entrés en campagne électorale. Ainsi, avant l’adoption de la proposition de loi contre l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures de schiste, Christian Jacob, qui a déposé la proposition de loi sur les gaz de schiste, et son mentor Jean-François Copé ont tenté d’en récolter les bénéfices politiques. Dès le 3 mai, les électeurs de Seine-et-Marne ont trouvé dans leur boîte aux lettres un appel frappé du logo UMP pour dire non aux gaz de schiste en disant oui à Jean-François Copé, comme si lui et Christian Jacob étaient les seuls instigateurs de ce refus.

5707461898_4ff5f564b9.jpgLe tract fait un résumé des conséquences néfastes de l’exploitation des gaz de schiste sur la Seine-et-Marne et porte un coupon à retourner à la permanence de l’UMP de Meaux, fief du secrétaire général de ce parti, qui saura ainsi quels arguments politiques ils pourront utiliser pour influencer certains électeurs.

La veille du vote, le 10 mai 2011, plusieurs centaines de personnes venues des quatre coins de France, se sont relayées pour faire de cette journée une grande mobilisation citoyenne. Ces collectifs étaient présents devant l'Assemblée nationale pour soutenir les élus favorables à l'abrogation des permis accordés et interdire l'exploitation de la roche-mère.

Peu intéressés par les véritables initiateurs de cette manifestation, les journalistes ne se sont manifestés que lorsque les politiques sont arrivés. Ils les ont bombardés de questions, de flashes, ignorant ouvertement tous ceux qui travaillaient bénévolement depuis plusieurs semaines, payant leurs voyages de leurs propres deniers, parcourant le pays dans des conditions souvent peu confortables. Ainsi, grâce à l'inlassable ténacité d'élisabelle Bourgue, la banderole du Tour de France « Non au gaz de schiste » portant 4 124 signatures a été hissée au sommet du Mont Blanc par trois bénévoles, Lionel, Pascal et Benoit, avant d'arriver devant l'assemblée nationale pour sa dernière étape. Il serait trop long d’énumérer les véritables acteurs anonymes de cette révolte, Claire, Nadia, Anna, Aymeric, Jérémie et bien d’autres, moins connus que José Bové, Nicolas Hulot, ou Eva Joly, et qui me pardonneront sans doute de les laisser dans l’anonymat car leur combat est parfaitement désintéressé et leur seul but est la préservation de la Planète. Sans leur action incessante, les fracturations se seraient répandues à travers la France, polluant le sol et l’eau, et jamais les politiques ne se seraient inquiétés des dégâts irréparables causés par leur insouciance et leur manque de lucidité, mais aussi pour certains, par l’appât du gain.

5503376697_e6728814cf.jpgLes journalistes des grands médias ont disparu en même temps que les politiques, et aucun n’a manifesté l’intention de communiquer avec les militants qui semblaient invisibles à leurs yeux, alors que sans eux, les contrats déjà signés avec les pétroliers auraient été honorés dans un silence médiatique assourdissant.

Ce n’est donc pas à nos politiques que nous devons les informations sur les gaz de schistes ni à la levée en masse de la population, mais à des poignées de citoyens lucides qui ont travaillé dans l’ombre comme les anciens « résistants », prêts à tout pour combattre les exactions générées par l’appât du gain à court terme.

Mais la bataille est loin d’être gagnée, comme l’a signalé Aymeric de Valon, dans un précédent message publié sur ce site.

Tout d’abord, la commission du développement durable de l'Assemblée nationale a demandé aux députés François-Michel Gonnot (UMP, Oise) et Philippe Martin (SRC, Gers) de rédiger un rapport d'information sur les gaz et huile de schiste, comme si les informations que nous avons déjà n’étaient pas suffisantes et ce rapport sera présenté le 8 juin, soit une semaine après la remise à Nathalie Kosciusko-Morizet et à Éric Besson de l'étude commandée aux Conseils généraux de l'industrie, de l'énergie et des technologies (CGIET) et de l'environnement et du développement durable (CGEDD).

Ensuite la bataille ne peut que reprendre, ou du moins continuer, car la Pologne se prépare activement à prendre la présidence de l'UE, le 1er juillet prochain. Or, son premier ministre, Donald Tusk, a déclaré le 29 mars 2011 que son pays était « déterminé » à explorer et à exploiter son gaz de schiste. « Nous sommes déterminés à ce que les recherches et l'exploitation du gaz de schiste deviennent un fait », a-t-il précisé lors d'une conférence à Varsovie. Avec la France, la Pologne constitue le pays susceptible de détenir les plus grandes ressources en matière de gaz de schiste en Europe.

5486569883_a1b1c08f37.jpgSelon Lemonde.fr du 29 mars 2011, « L'an dernier, la Pologne s'est justement associée à des recherches américaines sur cette source d'énergie émergente. Plusieurs grands gaziers internationaux ont déjà obtenu des autorisations nécessaires pour lancer des forages en Pologne, dont le sous-sol recèle cette ressource gazière. » Le chef du gouvernement a déclaré que l'exploitation des gisements du gaz de schiste doit se faire obligatoirement en respectant l'environnement, mais il estime que l'exploitation du gaz de schiste « s'inscrit dans la stratégie de la sécurité énergétique de l'ensemble de l'Europe, donc de la Pologne ». Et pour appuyer son action, le premier ministre Donald Tusk pourra bénéficier de la complicité de Total qui s’est associé avec Exxon Mobil au sujet du Gaz de schiste en Pologne. ExxonMobil conservera 51% des parts et sera l'opérateur des licences pour quatre concessions de gaz de schiste, situées dans le bassin de Podlasie, dans l'est de la Pologne. La superficie des concessions serait de plus de 2 100 kilomètres carrés. Lors de l'assemblée générale, le PDG du groupe pétrolier français Christophe de Margerie a déploré le vote du projet de loi visant à interdire l'exploration et l'exploitation des gaz de schiste par fracturation hydraulique en France, mais il a de nombreuses cordes à son arc et va « exporter » ses ambitions en Pologne, dont le Premier ministre essaiera forcément, au cours de son mandat, d’influencer les politiciens français. Il est donc impérieux de ne pas baisser la garde et de réclamer la souveraineté de chaque pays en ce qui concerne le gaz de schiste et la santé de la Terre et de ses habitants.

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