L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Le Congrès des états-Unis proteste, lui aussi, contre notre mansuétude envers la Miviludes

Publié par Sylvie Simon sur 10 Novembre 2011, 17:53pm

Catégories : #Les études scientifiques contestées - Conséquences

  • 3212490978_4744cddfd6.jpgMonsieur Fenech ne cesse de répéter que la France est un exemple en matière de commission parlementaire pour lutter contre les « sectes », ce qui est exact, et que les autres pays envient notre Miviludes, ce qui est faux. Et l’exemple français cité à tout bout de champ et vanté par le sieur Fenech n’est pas du tout envié à l’étranger. La plupart du temps, il est considéré comme sans aucun intérêt, mais parfois il nous vaut d’être montrés du doigt et de donner à la France la réputation d’être liberticide, ce qui est avéré.

En effet, deux membres du Congrès des états-Unis, Heath Shuler, démocrate de Caroline du Nord et Trent Franks, républicain de l’Arizona, ont écrit à François Fillon pour déplorer que la France ait été l’un des 14 pays du monde et l’un des deux pays en Europe à avoir augmenté ses restrictions gouvernementales entre 2006 et 2009. « Nous sommes particulièrement concernés par le programme du gouvernement français contre les dérives sectaires et ses efforts pour exporter ce “modèle” dans d’autres pays.

« Tout d’abord, nous nous souvenons qu’en 1995 une commission parlementaire  a publié une « liste noire » de 173 sectes, et que cette liste a été officiellement rejetée en 2005 par une circulaire du Premier ministre de l’époque Jean-Pierre Raffarin. Mais nous avons remarqué que cette “liste noire” est encore utilisée pour régulièrement discréditer des communautés religieuses et leurs membres. Par exemple, nous avons vu des lettres de responsables locaux et de banques interdisant à ces communautés d’ouvrir des comptes bancaires ou de louer des salles pour des rencontres.

« Ensuite, nous rappelons que la Mission interministérielle de lutte contre les sectes (MILS) a été dissoute après le départ de son Président en 2002, et après que le gouvernement français ait admis que la Mils était critiquée pour son action à l’étranger qui fut perçue comme contraire à la liberté de culte.  La Miviludes a alors remplacé la Mils et a tout d’abord été considérée comme ayant une approche plus nuancée et indépendante. Mais en 2005, la Miviludes a changé de cap et, en 2008, Monsieur Georges Fenech en fut élu Président. »

Le courrier adressé à notre Premier ministre signale ainsi que les déclarations de Monsieur Fenech et les rapports des activités de la Miviludes sous sa direction posent un grave problème concernant la protection des droits individuels car les états-Unis recommandent la liberté cultuelle alors que la France est à l’avant-garde  d’un combat contre les sectes. Citant le journal Libération du 3 août 2009, les membres du Congrès dénoncent le comportement de Fenech qui admet que la Miviludes possède un « système de référence » de 500 groupes ou mouvements non publié, et sont « surpris que la Miviludes agisse comme un expert, évaluant et jugeant systématiquement les doctrines et valeurs de ces mouvements – incluant des religions reconnues dans le monde entier –, publiant des rapports qui génèrent des articles dans les médias qui les stigmatisent. En outre, la Miviludes valorise son système de référence auprès des pouvoirs professionnels et politiques, et organise des programmes d’éducation pour les magistrats, les travailleurs sociaux sans donner une seule chance aux accusés de se justifier ou de réfuter les accusations erronées. 

Les membres du Congrès s’inquiètent également du document qui circule dans une université de médecine sur les « mouvements sectaires » concernant des médecins et psychologues. Ils rappellent qu’en 2001, 50 membres de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ont exprimé leur inquiétude au sujet de la loi About-Picard et ont demandé en 2002 au gouvernement français de reconsidérer cette loi qui « initiait des actions criminelles » contre les groupes concernés, ce qui n’a jamais été fait. « Avec les fonds publics, ces associations attaquent et diffament des communautés et des individus pour leur croyances et leurs pratiques, souvent en corrélation avec la Miviludes. » Ils citent ainsi le jeûne considéré comme une « soumission psychologique » et, ils terminent leur lettre en pressant le gouvernement français de revoir sa politique envers la Miviludes, de dissoudre cette Mission interministérielle et de retirer son aide financière à des associations qui contreviennent aux principes de la France, de sa Constitution et des standards internationaux.

La copie de cette lettre a été envoyée à l’Ambassadeur de France, à l’Ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire et au Chargé d’affaires de l’ambassade des états-Unis en France, ainsi qu’à d’autres représentants des Droits de l’homme et de la liberté religieuse du ministère des Affaires étrangères des états-Unis.

Cette missive arrive à point nommé au moment où un autre maniaque de la lutte antisecte, Philippe Vuilque, député socialiste des Ardennes, a demandé l’impunité pour les membres de la Miviludes dont il fait partie, afin de faciliter leurs conditions de travail. Cet amendement qui instaurerait l’impunité pour les opinions émises dans le rapport annuel remis au 1er ministre, dispenserait cette secte antisecte de respecter les principes démocratiques et lui permettrait de calomnier en toute impunité si le projet était confirmé par le Sénat. 

Le député Vuilque a fait passer cet amendement car Georges Fenech devra se présenter devant tribunal correctionnel de Paris pour diffamation au mois de mars. « C’est du harcèlement judiciaire. » a-t-il constaté. Son amendement, voté par la droite et la gauche, octroie l’impunité aux membres de la Miviludes pour « les opinions qu’ils émettent dans le rapport annuel remis au Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions ».

Philippe Vuilque accuse les tribunaux de considérer la Miviludes comme liberticide, ce qui est une évidence pour tout être qui estime que la liberté est un droit garanti par notre Constitution. « Les organisations sectaires confondent toujours liberté de pensée et liberté religieuse. Ils font un amalgame. Ils ne comprennent pas le terme laïcité, neutralité. Ils se considèrent comme des religions. La Miviludes n’est pas une police de la pensée. Nous restons vigilants sur la vérification et l’application des lois de la République notamment dans le cadre de la protection de l’enfance ». La « protection des enfants » est une des priorités de la Miviludes, qui souhaiterait d’ailleurs un appui du conseil d’État concernant les transfusions sanguines. « Le conseil d’État a commenté un certain nombre de décisions sur ce sujet. Ce qui ne nous convient pas. Il n’a pas pris position sur la convention internationale des droits de l’enfant », explique le député-maire.

Si cet amendement est accepté par le Sénat, la Miviludes pourra diffamer à loisir toutes les minorités de conviction et les mouvements religieux, et surtout toutes les médecines parallèles sans qu'aucun recours juridique ne soit possible, ce qui est impensable dans un pays de droit.

à l’occasion de la publication du Guide des collectivités territoriales par la Mission Interministérielle de Vigilance et de Lutte contre les Dérives Sectaires, ce député et quelques comparses de tous bords politiques avaient « pu mesurer à quel point les élus locaux pouvaient être démunis face à ce qui s’apparente à un véritable parcours du combattant. Les mouvements sectaires utilisent en effet toutes les procédures mais également toutes les failles qui peuvent exister tant dans notre système juridique que dans les textes en matière d’urbanisme. » Ce discours est l’exemple même de la parabole de la paille et de la poutre. Et, évidemment, cette Mission ne manque pas de se congratuler au passage : « […] nous tenons à apporter une nouvelle fois notre soutien le plus total à l’action courageuse et efficace de cette mission. Nous rappelons également que l'engagement du Parlement contre les dérives sectaires dépasse les traditionnels clivages entre la droite et la gauche, et que seule compte la défense des victimes. Les parlementaires que nous sommes peuvent en témoigner. »

En effet, ils peuvent en témoigner puisque le 4 octobre 2011, L’Est Republicain.fr publiait une interview de Nadine Morano à l’occasion des assises de la formation professionnelle continue qu’elle lançait à Paris. Elle évoquait alors la lutte contre les dérives sectaires et déclarait que des contrôles effectués par les services de l’État avaient permis de déceler des dérives sectaires dans le système de la formation continue. « Sur 3 000 organismes contrôlés, 1 800 proposaient des formations de type comportemental laissant apparaître une approche relevant d’une dérive sectaire. […] Ce n’est pas par hasard que j’ai invité aux assises Georges Fenech, qui dirige la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) ».

Nous avons déjà signalé que sur les seuls dires de cet individu, au mépris le plus absolu des déclarations des psychologues, sociologues, juristes, et politologues, spécialistes de ces questions,  Madame Morano qui n’est plus à une bévue près, compte demander aux directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi d’intensifier les contrôles des organismes selon une feuille de route très précise qui leur sera adressée car « On ne peut laisser se développer les dérives qui ont été décelées. »

Madame Morano se ridiculise une fois de plus en faisant mine d’ignorer que ces « dérives » ont été décelées par un individu qui a longtemps prétendu que 80 000 enfants étaient en danger dans les sectes en France, alors qu’il n’a pu trouver lui-même que huit cas seulement qualifiés de suspects au cours de sa carrière de dénonciateur et que les chiffres des différents ministères étaient encore plus bas.

Il est aussi utile de signaler qu’en juin 2011, le Grand Orient de France, a publié un communiqué destiné a renforcer la lutte contre les dérives sectaires. On peut se demander si le sieur Fenec considère les loges des Francs-Maçons comme des sectes. Sinon, dans quelle catégorie peut-il les ranger ?

Espérons que la demande du Sénat des états-Unis ébranlera notre gouvernement qui a l’habitude d’obéir aux consignes de ce pays et que Monsieur Fillon acceptera enfin de se séparer de cette Misssion interministérielle qui s’infiltre partout, s’autoproclame experte en tout, ne sert qu’à saper nos liberté et n’a rien à faire en prériode d’austérité et d’économie budgétaire.

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