L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon (1927/2013)

Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


L’irresponsabilité des pétroliers

Publié par Sylvie Simon sur 1 Mars 2011, 16:30pm

Catégories : #Société - Corruption - Dérives- Scandales Sanitaires

2833356689_44fabf57dd.jpgL’Amazonie est victime d’une pollution aux hydrocarbures depuis 1972. « Le pétrolier américain Texaco, la compagnie nationale Petroecuador et le gouvernement équatorien se sont toujours rejeté la responsabilité de cette catastrophe environnementale et sociale. Chevron, actuel propriétaire de Texaco, propose de verser 16,3 milliards de dollars à l’état équatorien pour mettre fin à ce conflit.  C’est ce que clament les habitants de l’Amazonie équatorienne au sujet du pétrolier américain, filiale du groupe Chevron corporation depuis 2001. Une pollution due à des déversements de résidus de pétrole attaque depuis 30 ans la forêt vierge et les fleuves de l’Équateur. Le principal accusé, Texaco, a longtemps refusé un règlement à l’amiable. Il rejette même l’accusation sur la compagnie pétrolière nationale, Petroecuador, et reproche au gouvernement équatorien sa partialité. Chevron, qui n’a jamais eu d’exploitations en Équateur, doit aujourd’hui assumer la responsabilité des actes de sa filiale. Et envisage de payer. » (cf. Rouba Naaman, mis en ligne sur le site novethic.fr). 

Signalons pour mieux comprendre ces accusations qu’un accord de coopération a été signé en 1965 entre Texaco et Petroecuador, compagnie équatorienne.

4970930899_5ae8a18bde.jpgEn 1964, lors de l'arrivée de la compagnie pétrolière texane Texaco, les habitants du hameau de Rumipamba n'imaginaient pas qu'elle allait causer autant de dégâts, et l’accueillirent sans hostilité. Mais ils ont rapidement déchanté car leur vie a changé : plus de chasse et de pêche, donc de nourriture. En effet, selon l'ONG Amazon Watch, Texaco appelée depuis “Texaco toxico” a déversé des produits toxiques et des dizaines de millions de litres de pétrole brut lors de ses opérations, polluant autant les sols que les sources d'eau, et générant ainsi de nombreux cancers.

Lorsque Texaco a quitté le pays en 1992, la compagnie pétrolière était soupçonnée d’avoir sciemment déversé, à partir de 1972, plus de 70 milliards de litres d’eaux polluées et le rapport de la juriste Judith Kimerling l’accusait également d’avoir rejeté plus de 60 millions de litres de pétrole dans la forêt amazonienne. Ainsi, depuis plus de 30 ans, l’Amazonie subit des déversements de pétrole qui attaquent sa biodiversité et mettent en péril sa survie. 

Devant ce désastre écologique et humain, s’est formé le Front de défense de l’Amazonie (Frente de defensa de la Amazonìa, FDA) qui regroupe de nombreuses associations locales et qui est soutenu par Oxfam America, Amnesty international, Human rights watch et l’ONG américaine Amazon Watch. Dès 1993, 30 000 habitants de l’Amazonie équatorienne ont porté plainte contre Texaco devant la cour fédérale de New York, l’équateur ayant refusé d’accepter la plainte en invoquant des intérêts économiques. Cependant en 2002 Texaco, qui a refusé tout accord direct avec les populations amazoniennes, a réussi à faire transférer le dossier à une cour équatorienne, repoussant ainsi de 9 ans le début du procès.

imagesEt voilà que le 24 février 2011, Le Figaro.fr nous prévenait qu’un tribunal équatorien vient de condamner la multinationale pétrolière Chevron, propriétaire de Texaco, à payer 9,6 milliards de dollars d'indemnités pour les pollutions générées par trente ans d'exploitation dans la forêt amazonienne.

Une belle leçon pour nos pollueurs non payeurs qui exploitent impunément la planète depuis des lustres et pourraient enfin voir le terme  de leurs privilèges.

Cet exploit a été réalisé, en grande partie, par une femme modeste, indienne Quechua, Maria Aguinda. Cette sexagénaire qui ne parle pas espagnol et dont les propos sont traduits par son gendre Guillermo Grefa, vit dans une communauté indienne au cœur de l'Amazonie. Sa maison en bois se trouve à une centaine de mètres d'un ruisseau, rempli de pétrole et la zone a été inondée à la suite du débordement d'une des centaines de « piscines », réserves dans lesquelles Texaco stockait son brut. Elle affirme que son mari et deux de ses dix fils sont morts à cause de la pollution. Aussi, en 1993, elle a porté plainte avec des voisins et des habitants d'un village proche, Sucumbios, plainte qui a été enregistrée au nom de « Maria Aguinda et autres ». Les plaignants réclament donc aujourd’hui 16,3 milliards de dollars à Chevron qui se dit prêt à négocier.

« La procédure est sur la bonne voie, mais ils doivent payer pour les animaux perdus et aussi pour la pollution du fleuve et de la jungle », estime Maria Aguinda, Le coordinateur de l'association des victimes, Luis Yanza, a d'ailleurs déclaré qu'il fera appel du verdict, car il juge le montant de l'amende « insuffisant », comparés à une expertise judiciaire qui évalue les dommages à 27 milliards de dollars.

3029711166_99579b0237.jpgDans ce procès, chaque partie accusait son adversaire de corruption d’experts, fabrication de preuves, faux témoignages, et autres maux. Chevron a réclamé le partage de la responsabilité de la pollution avec Petroecuador et le gouvernement équatorien et sa compagnie pétrolière ont essayé de faire annuler cette démarche, mais ont été déboutés en 2005 par la Cour suprême de New York. Sur le site que Chevron a consacré à ses activités en Équateur, elle accuse Petroecuador de n’avoir pris aucune mesure pour la part de pollution dont elle est responsable. « Les dégradations environnementales actuellement visibles en Équateur sont la conséquence des activités médiocres de Petroecuador, et du manque de volonté du gouvernement équatorien à trouver le financement adéquat d’une indemnité ». 

Il est vrai que, non content d’avoir encaissé 95 % des bénéfices du consortium pétrolier, et après avoir refusé la plainte de ses propres citoyens, le gouvernement équatorien prend aujourd’hui ouvertement le parti des populations d’Amazonie, et espère récupérer de fortes indemnités. L’accord de coopération entre Petroecuador et Texaco met l’Équateur face à un évident conflit d’intérêt. Les prises de positions publiques des experts et du gouvernement en défaveur de Chevron ne laissent aucun doute. Quelle que soit la responsabilité de Texaco, le gouvernement équatorien a intérêt à reporter l’attention sur la compagnie américaine, pour faire oublier ses propres dérives. Chevron remet en cause la partialité du procès, et va jusqu’à parler de « farce juridique ».

Dans cette histoire, quel que soit le coupable la seule chose sûre, c’est que ce sont encore les populations qui paient.

Ce procès nous confirme plusieurs points. Tout d’abord qu’un citoyen ordinaire, sans moyens ni relations, peut faire plier un géant de l’industrie, pétrolière ou autre, grâce à sa seule volonté et sa persévérance. C’est le mythe de David et Goliath, ou du grain de sable qui fait déraper une grosse machine.

180332 10150170824628975 768518974 8499560 7161718 n-2fa1cEnsuite, cette histoire qui arrive au moment où notre gouvernement s’entête à forer la Terre en profondeur pour récupérer du gaz de schiste dont personne ne veut, nous montre bien le comportement des compagnies pétrolières, capables de corruption d’experts, fabrication de preuves, faux témoignages, et non respect de leurs engagements. Et c’est à ces « apprentis sorciers » que notre ministère « dit de l’écologie » désire confier la responsabilité de ces travaux. Lorsqu’on connaît leurs méthodes de pollution irresponsables, on ne peut que trembler.

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents