L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Hormones de croissance humaines ou synthétiques, même scandale ?

Publié par Sylvie Simon sur 14 Décembre 2010, 10:47am

Catégories : #Produits à risques - contestés - retirés

sante-proces-hormone-croissance.png Lorsque nous avons publié l’article sur le scandale de l’hormone de croissance, nous pensions en avoir terminé avec ce consternant problème puisque cette hormone tueuse avait été remplacée par une hormone synthétique qui ne présentait officiellement aucun risque.

Or, quelques jours après cette publication, l’Afssaps (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé) prévenait médecins et patients ainsi que l'Agence européenne du médicament (Emea) de la surmortalité chez des patients traités avec des hormones de croissance synthétiques pour un retard de croissance dans l'enfance. « Cette surmortalité est associée à des accidents vasculaires cérébraux (AVC), comme des hémorragies et, secondairement, à des tumeurs osseuses », a précisé Jean Marimbert, directeur général de l’Agence.

Quant au Dr Anne Castot, chef du département de la surveillance des risques, du bon usage et de l'information sur les médicaments de l’Afssaps, elle a admis que « C'est la première étude qui montre un surmortalité avec les hormones de croissance recombinantes » (synthétiques), et que « ces hormones sont sur tout le marché européen et au delà ».

Il est évident qu’il y a eu un léger bémol à ce concert de la part de Jean Marimbert qui a expliqué que « les résultats de l'étude n'apportent pas la preuve certaine d'un rôle de l'hormone synthétique dans cette surmortalité, mais il s'agit d'un risque nouveau identifié ». L’Emea va donc lancer une nouvelle étude pour réévaluer la sécurité de ces hormones de croissance.

Cette nouvelle alerte aux dangers de médicaments homologués, réputés sans danger et remboursés est venue d’une étude épidémiologique baptisée Saghe, (Santé Adulte GH Enfant) portant sur près de 7 000 patients traités en France par l’hormone de croissance synthétique entre 1985 et 1996, alors qu’ils étaient enfants ou adolescents. Sur ces patients, 93 décès ont été constatés, alors qu’on observe généralement 70 décès pour le même nombre de personnes dans la  population normale du même âge et de même sexe. Soit 23 décès (un tiers) de plus que la normale. Cette étude a été publiée vendredi dernier sur le site de l’Afssaps qui appelle à la plus grande précaution concernant la prise d’hormone de croissance synthétique.

Le risque de mortalité augmente quand les doses sont supérieures aux doses autorisées. Pour Didier Houssin, directeur général de la santé, cette information est « importante au niveau mondial car dans l'ensemble, en France, les doses sont plutôt faibles ». L’Afssaps explique qu’elles ne permettent pas « d’établir avec certitude une relation de causalité avec le traitement par hormone de croissance » et « nécessitent d’être complétées par l’analyse de la morbidité (ensemble des facteurs influençant l’état de santé) des patients, ainsi que par les résultats d’études épidémiologiques menées dans des populations similaires ».

5254495201_e91f2b96bb.jpgNous sommes rassurés puisqu’en France les doses sont plutôt faibles, alors qu'aux États-Unis le traitement est fréquemment administré à très fortes doses. Encore une preuve que nous sommes toujours les meilleurs. Cependant, le Pr Philippe Lechat, pharmacologue de l’Afssaps, ne peut cacher qu’on a « tendance à donner de fortes doses pour les enfants les plus petits. »

Selon le Dr Castot, en France, une dizaine de milliers d’enfants et d'adolescents de moins de 18 ans seraient actuellement traités par hormones de croissance. Dans l’attente du résultat de l’évaluation européenne, l’Afssaps recommande aux médecins « par mesure de précaution » de réserver ce traitement hormonal aux enfants pour lesquels il est indispensable et de ne pas dépasser les doses autorisées.

Or, les traitements à base d’hormones de croissance synthétiques sont utilisés pour soigner les déficits en hormone de croissance et les patients de petite taille, mais ce traitement est également utilisé dans d’autres cas, comme ceux des enfants présentant un retard de croissance mais dont l’organisme produit normalement l’hormone nécessaire.

L’étude de l’Agence, menée en partenariat avec la Direction générale de la santé (DGS) et l’Institut national du Cancer (INCa), conseille aux parents d’enfants et d’adolescents actuellement traités à l’hormone de croissance synthétique de prendre contact « sans urgence » avec le médecin ayant prescrit le traitement afin qu’il détermine si celui-ci et la dose préconisée sont adaptés. Même conseil pour les personnes plus âgées qui ont suivi un traitement plus jeune. Elle invite également les médecins prescripteurs « par mesure de précaution, à réserver le traitement par hormone de croissance synthétique aux situations cliniques pour lesquelles le bénéfice escompté est grand ».

L’Afssaps a transmis ses conclusions à l’Agence européenne du médicament, chargée des autorisations de mise sur le marché de ce type de produits. L’Emea doit effectuer des études similaires dans d’autres pays européens avant de statuer sur la question.

Il faut aussi savoir qu’une étude financée par la Direction générale de la santé (DGS) et publiée dans le British Medical Journal en septembre 1997 avait conclu que « l’hormone de croissance serait inefficace ». Elle portait sur l’évolution de la taille de trois mille deux cent trente-trois enfants traités entre 1973 et 1989. « Le traitement par hormone de croissance n’a pas rétabli la courbe de croissance génétique et ne devrait donc pas être considéré comme un traitement de remplacement, encore moins une panacée pour les enfants de petite taille... ». Certains enfants ont été traités alors qu’ils n’étaient pas du tout atteints de nanisme mais seulement d’un « léger déficit hypophysaire  » qui les reléguaient parmi les « plutôt petits » de la planète, ce qui n’est pas une tare. Mourir pour grandir de quelques centimètres semblait déjà stupide mais, dans ce cas, les dés étaient pipés dès le départ puisque la DGS, qui avait pourtant financé l’étude mettant en cause l’efficacité du traitement, n’a pas tenu compte des résultats obtenus.

On ne peut s’empêcher d’imaginer que l’appât du gain a dû être aussi attirant pour les fabricants de cette hormone de synthèse que pour ceux qui récoltaient et vendaient les hormones humaines. Ont-ils succombé à la tentation ? L’avenir nous le dira.

 

Sylvie Simon

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