L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Gaz de schiste : Réponse d'Aymeric de Valon au cabinet Kosciusko-Morizet

Publié par Sylvie Simon sur 26 Février 2011, 13:33pm

Catégories : #Gaz et Pétrole de Schiste

000136172 5Le 7 février 2011, Jean-Marie DURAND Directeur adjoint du Cabinet de Kosciusko-Morizet a répondu à certaines pétitions et questions qui lui étaient posées : 

J’ai reçu plusieurs milliers de méls attirant mon attention sur les problèmes environnementaux posés par l'extraction de gaz de schiste et me demandant que soit mis en place un moratoire (pétition n° 1). J’ai rédigé une réponse courte qui vous a ensuite été envoyée automatiquement. J’ai reçu plus de 200 réponses individualisées puis, très vite, plusieurs milliers de méls identiques (pétition n° 2). En parallèle, les médias ont relayé vos inquiétudes. Ces très nombreuses réactions témoignent que nous partageons une passion commune pour l’environnement et je m’en réjouis.

J’ai lu personnellement chaque mél individualisé et bien entendu les pétitions. Vous comprendrez bien que ma réponse sera collective.

Une abondante information est disponible sur le site Internet du ministère de l’écologie et du développement durable (www.developpement-durable.gouv.fr) à la rubrique « énergies et climat », en particulier sur les procédures et les garanties qu’elles apportent, sur les permis accordés et les demandes en cours d’instruction avec la cartographie associée et sur les énergies renouvelables.

Le gouvernement a décidé de lancer une mission d’inspection sur les gaz et huiles de schiste afin d’être éclairé sur les enjeux économiques (dans le monde et en France), sociaux et environnementaux. Le rapport sera public. Vous pourrez prendre connaissance du communiqué de presse et de la lettre de mission à l’adresse :

 www.developpement-durable.gouv.fr/spip.php?page=article&id_article=20901

 

à ce superbe exemple de langue de bois, Aymeric de Valon a répondu de manière cinglante :

 

Monsieur le Directeur Adjoint du cabinet Kosciusko-Morizet,

Quand je lis votre mail du jour, sachez que je suis outré par vos propos qui se veulent rassurants, là où vous agissez de manière effarante pour les citoyens mobilisés que nous sommes.

Il n'est pas très compliqué de s'informer sur le caractère extrêmement polluant et destructeur de ces techniques dites de fracturations.

Actuellement seules les sociétés US détiennent les brevets et la technique de forage et d'extraction dans les couches géologiques de schiste.

Comment pouvez-vous prétendre aussi légèrement que ces sociétés vont travailler sans danger pour la nature alors qu'elles détruisent irréversiblement des territoires entiers sur des milliards de km2 ?

4537638362_b19e909f76.jpgC'est votre précédent Ministère qui a accordé les permis actuels, sans aucune étude préalable, sans réflexion et de manière tellement irresponsable que vous avez même oublié au passage de taxer les sociétés à qui vous offrez des concessions. On comprends que ces pétroliers, au demeurant sans scrupule vu les dégâts irréversibles qu'ils commettent dans leur propre pays, se réjouissent de venir forer en France. Vous leur avez ouvert un boulevard au détriment des populations, de l'eau potable, de la nature, de la faune de la flore. Contre quoi en échange ?

Qui êtes-vous pour décider ainsi de mettre en danger la vie d'autrui aussi légèrement, et de continuer à pérorer là où vous devriez vous excuser et réparer le mal déjà fait ?

La vie derrière l'exploitation du gaz et huile de schiste n'est simplement plus possible. Ne l'oubliez jamais, car vous risquez vous et vos semblables de répondre un jour de vos actes devant des tribunaux !

Comment se fait-il que des forages continuent encore en Seine et Marne alors qu'un moratoire a été décidé sur le territoire français pour permettre ces fameuses missions d'inspection sur les gaz et huiles de schiste ?

Pourquoi les missions d'inspection sont-elles commandées exclusivement à des fonctionnaires issus du corps des Mines et non pas à des experts indépendants spécialisés dans la protection de l'environnement ?

Comment se fait-il que la modification en cours du Code minier vienne favoriser ce genre d'exploitation, alors qu'au contraire il faut protéger la vie, préserver les réserves d'eau potable, légiférer et éduquer les populations à préserver leur environnement naturel, car la vie moderne actuelle est déjà une menace permanente pour la planète Terre, donc pour l'espèce humaine.

Votre devoir est de répondre à toutes ces questions légitimes et d'anticiper pour que nous n'ayons pas à gérer dans les années à venir une catastrophe écologique majeure dont l'humanité ne se relèvera pas !

4554365256_2d433546c6.jpgEt n'hésitez pas à dire à votre Ministre, Mme, Mme Kosciusko-Morizet, qu'avec cette affaire de gaz et huile schiste, l'opinion publique mondiale jugera de son courage, de son bon sens, de son indépendance d'esprit et de sa responsabilité ; car il y a encore la place pour annuler et refuser tous les permis accordés illégitimement par des Hauts Fonctionnaires et Ministres que nous espérons irresponsables : dans le cas contraire il s'agit d'actes criminels !

La gronde grandie et quand les populations endormies apprendront l'importance de vos décisions, vous ne serez pas épargnés par la colère légitime des populations bafouées.

Un citoyen durablement en colère, qui espère une réponse personnelle et argumentée puisque vous déclarez lire tous les mails individualisés.

Aymeric de Valon

 

 site : http://www.sosplanetendanger.com

 

 CAZQ4IYUCette colère qui reflète bien celle de tous les citoyens conscients et responsables vient d’être encore plus justifiée que jamais par les travaux de trois chercheurs  québécois qui ont publié très récemment une étude dénonçant l’absence de justification du choix énergétique du gaz de schiste et publiée par l’Iris (Institut des relations internationales et stratégiques). Cette structure indépendante et pluridisciplinaire a pour principale mission de produire des recherches sur les grands enjeux socio-économiques et de proposer ses services aux organisations communautaires, écologistes et syndicales du Québec. Cette note, a été réalisée par Laura Handal (qui s’est occupée de la partie liée au GES et à l’indépendance énergétique), Bertrand Schepper (pour l’impact économique et la fiscalité) et Patrick Hébert (pour les enjeux liés à l’eau). Ces conclusions sont tirées du contexte québécois, mais elles peuvent aussi bien concerner l’Europe et surtout la  France où les campagnes d’exploration ne font que commencer et où la course que se livrent les compagnies pétrolières n’est pas sans rappeler la bulle Internet de la fin des années 90. « Ce choix énergétique n’est pas justifiable dans une perspective de lutte aux changements climatiques ni d’indépendance énergétique ».

Si la combustion du gaz naturel émet moins de gaz à effet de serre que le charbon et le pétrole, cet avantage relatif est beaucoup moins intéressant dès lors qu’il s’agit du gaz de schiste en raison notamment de la libération de grandes quantités de méthane dans l’atmosphère lors de l’extraction par fracturation hydraulique. « L’impact climatique global du gaz de schiste pourrait être bien plus prononcé que celui du charbon et du diesel ».

5476425966_465f6617d3.jpgLes chercheurs s’intéressent aussi « au fardeau financier que devront assumer les municipalités en installations supplémentaires de traitement des eaux usées produites par le secteur gazier » en raison de l’utilisation d’additifs chimiques dans les opérations de fracturation hydraulique. Ils estiment qu’à l’échelle de leur état, il faudrait à terme décontaminer un total de 23,8 millions de litres d’eau par jour alors que la capacité des installations existantes sur les zones concernées est de 1,4 millions de litres d’eau par jour…

Le rapport de l’IRIS souligne aussi les dangers pour la santé publique en cas de contamination des réseaux d’eau et analyse également l’impact sur les budgets publics de la mise en œuvre de la politique d’exploitation du gaz de schiste. Les recettes fiscales générées par les activités gazières seraient très loin de couvrir l’ensemble des dépenses publiques nécessaires à la construction de stations d’épuration, à la mise au gabarit des réseaux routiers ou encore au système de crédit d’impôt dont peut bénéficier la filière. « Contrairement à ce que prétendent les promoteurs de l’industrie du gaz de schiste, l’ensemble des coûts environnementaux, énergétiques et financiers actuels et futurs de cette industrie dépasseront largement les maigres bénéfices qu’en tirera la population du Québec » concluent-ils. 

Ce rapport sera-t-il lu et intégré par nos ministres qui prétendent à tout bout de champ se soucier de notre environnement ? Selon leur réaction, nous pourrons juger de leur sincérité dans leurs affirmations ou constater à quel point ils sont des pantins dans la main des lobbies.

En attendant, comme je l’ai dit ici dans un article précédent, nous devons pratiquer la désobéissance civile et oser remettre en questions des ordres que nous considérons comme injustes car, comme l’enseigne un vieux proverbe amérindien : « La terre n'est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent. » 

Nos pouvoirs publics semblent ignorer cet adage ; il serait grand temps qu’ils s’y intéressent car ils devraient se rappeler une déclaration du Parlement de Rennes, en décembre 1787, qui est toujours d’actualité : « Les abus tolérés et l’oubli des règles amènent le mépris des lois et le mépris des lois prépare la chute des empires ».



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