L'Atelier de la mémoire de Sylvie Simon  (1927/2013)

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Révéler la désinformation et les mensonges en matière de santé et d'environnement et éveiller les consciences


Agriculture : Notre ministre défie le Conseil d’État

Publié par Sylvie Simon sur 25 Juin 2011, 13:37pm

Catégories : #OGM- Monsanto- Pesticides

3337915245_1c898a202e.jpgLe pesticide Cruiser OSR de la firme suisse est un produit fongicide et insecticide, destiné à enrober les semences de colza pour les protéger contre les parasites. Or, bien qu’utilisé en France pour le maïs, il fait partie des pesticides mis en cause dans la forte mortalité des abeilles. Commercialisé par le groupe suisse Syngenta Agro, il est à l’origine de cas avérés d’intoxication d’abeilles. Il contient deux fongicides, le fludioxonil et le métalaxyl-M, et un insecticide, le thiaméthoxam, qui inquiète les apiculteurs car il se retrouve dans la sève et jusque dans les fleurs des plantes, et reste dans la terre pendant trois ans, contaminant les cultures suivantes.

Ce poison a pris la succession du Gaucho et du Régent après leur interdiction sur intervention du Conseil d’État. Il est d’ailleurs interdit dans la plupart des pays européens.

En janvier 2011, nous avons publié un communiqué de l’UNAF (Union Nationale de l’Apiculture Française qui représente environ 22 000 apiculteurs) qui signalait que le Conseil d’État avait demandé l’annulation des décisions par lesquelles le ministre de l’Agriculture a autorisé le Cruiser en 2008, 2009 et 2010, et la condamnation de l’État à verser 9 000 € d’indemnités à l’UNAF pour ses frais de procédure. « Son autorisation sur le colza, plante très visitée par les hyménoptères, est gravissime pour l’avenir du cheptel apicole français » écrivait l’Unaf dans son communiqué.


L'annulation des décisions d'autoriser le Cruiser 350 et la condamnation du ministère de l'Agriculture réclamées par le Rapporteur Public à l'audience étaient une Première victoire pour les responsables apicoles et Henri Clément, ex-Président de l’UNAF, demandait alors : « Pourquoi faut-il qu’à chaque fois il faille faire appel aux juges pour sanctionner la complaisance inadmissible des décideurs publics pour l’industrie agrochimique en violation de la loi et au détriment de nos valeurs fondamentales de protection de l’environnement ! Dans le contexte du Mediator, nos concitoyens sont les témoins effarés de la désastreuse incurie de l’État face à son rôle de contrôle et de protection... Bruno Lemaire osera-t-il après cela maintenir l’autorisation du CRUISER qu’il vient encore de donner il y a quelques jours pour l’année 2011 sur des millions d’hectares ? Je ne peux pas le croire. Ni les apiculteurs français, ni l’opinion publique ni la Justice ne l’accepteraient ! ».

Pour Henri Clément, la décision du Conseil d’État aurait dû mettre un coup d’arrêt à ces pratiques de gestion du risque inadmissibles :  « […] une fois de plus, cette affaire pose la question de l’indépendance de l’expertise au sein de l’agence nationale (l’ANSES) et de l’agence européenne (AESA) chargées de l’évaluation des risques. Elle pose aussi la question de la confiance que les citoyens doivent pouvoir attacher au fonctionnement régulier des pouvoirs publics. »

Néanmoins, alors que le Conseil d’État a déjà annulé des autorisations sur maïs qui avaient été délivrées en 2008 et 2009 et qu’il se prononcera dans les prochains mois sur l’annulation de l’Autorisation de Mise sur le Marché  (AMM) délivrées pour les années 2010 et 2011, notre ministre de l'Agriculture Bruno Le Maire vient de délivrer une nouvelle autorisation d’AMM à  Syngenta  pour le Cruiser pour le traitement des semences de colza (autorisation de mai 2011 par le Ministère de l’agriculture sur un avis favorable de l’ ANSES  d’octobre 2010).

4235161003_e653019340.jpgCette décision a provoqué la colère de l'Unaf qui a souligné les faiblesses du dossier, les chiffres alarmants en provenance d'Italie, l'expérience du Gaucho et du Régent ainsi que le danger que représente aujourd'hui le frelon d'Asie qui cause des ravages dans les ruches.

« C'est un nouveau coup porté à nos abeilles. Nous constatons avec dégoût le désintérêt du ministère pour notre cause et nous redoutons un printemps silencieux dans les plaines du colza », a déclaré le président de l'Unaf, Olivier Belval.

À son tour, François Veillerette, Porte parole de Générations Futures, a fait part de son indignation aux côtés des apiculteurs, et rappelé que cette décision est en totale contradiction avec les engagements du Grenelle de l’environnement : « Il faut absolument que le Ministre revoit sa décision sur ce dossier au risque de se discréditer alors que dans une réponse à une question d’Yves Cochet en décembre dernier il se disait soucieux du respect de l’environnement et de la défense des populations d’abeilles ».

Espérons que la plus haute juridiction française, le Conseil d'État, va désavouer le ministre et interdire la commercialisation du Cruiser 350, le « fossoyeur des abeilles ». Mais la partie n’est pas gagnée car le ministère a déclaré : « Cette autorisation fait suite à l’avis favorable de l’Agence nationale de sécurité sanitaire du 15 octobre 2010 qui conclut que l’usage de la préparation Cruiser OSR sur (les) semences (de crucifères) satisfait à l’ensemble des conditions de sécurité requises ».

2553045717_ef47c534e0.jpgLe Cruiser est autorisé chaque année par le ministre de l’Agriculture, pour une courte durée mais en violation des lois applicables aux produits de l’agrochimie.

 Comment un insecticide, quel qu'il soit, pourrait-il ne pas détruire les abeilles qui sont des insectes ? Un enfant de cinq ans ne poserait même pas la question. Mais notre ministre se moque bien de la santé des abeilles, et préfère accorder sa confiance à des instances qui ont, à maintes reprises, prouvé leur incompétence souvent criminelle.

À quand « le Vioxx ou le Mediator » des abeilles ? Oseront-ils, eux aussi, dire qu’ils « ne savaient pas » ?

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